Peut-on afficher n'importe quelle publicité en rue ? C'est la question qui se pose au vu des récents déboires qui agitent certaines villes franciliennes, et plus particulièrement dans les transports en commun. La cause ? Une affiche publicitaire de #Gleeden, site de rencontres extraconjugales, qui met en scène une femme croquant une pomme, comme dans la tentation d'Eve. « Le 1er site de rencontres extraconjugales pensé par les femmes », y est-il inscrit. De quoi hérisser les poils de plusieurs badauds, en particulier les catholiques conservateurs qui y voient un détournement d'un symbole #catholique pour promouvoir un comportement illicite. Après que la polémique soit née sur les réseaux sociaux, l'Association des Familles Catholiques a décidé de déposer plainte contre Black Divide, la société qui édite Gleeden. « Derrière l'infidélité, il y a des enfants, des familles brisées, des drames familiaux », a déclaré par voie de presse l'avocat de l'AFC, Me de Beauregard.

Pour ces conservateurs, Gleeden viole le code civil en promouvant l'infidélité. Ils attendent de la justice une réponse ferme. « Nous souhaitons désormais que la justice se prononce sur la légalité de la campagne Gleeden et du site correspondant, dont l'objet même est de faciliter l'adultère et de faire, à travers lui, la promotion publique de la duplicité, du mensonge et de la violation de la loi », indiquent-ils.

Un feu de paille

Si la loi punissant l'infidélité a été abrogée en 1975, il est vrai que le code civil garde encore quelques traces de l'ancien combat mené par les autorités contre l'adultère. L'article 212 explicite ainsi que « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance ». Gleeden violerait ainsi clairement le code civil en favorisant des rapports extraconjugaux et immoraux. « La convention entre le site et ses membres est irrégulière car basée sur la promotion de comportements illicites », explique Me de Beauregard. Depuis quelques semaines, la résistance contre ces infidèles secoue quelques petites villes d'Île-de-France. Une première pétition contenant 20.000 signatures avait été adressée au réseau de transports francilien pour que ces publicités « scandaleuses » soient retirées des bus, des panneaux publicitaires et des murs des lieux de transports. Si la RAPT (Régie Autonome des Transports Parisiens) avait fait savoir sur Twitter qu'il n'en sera rien, prévalant la liberté d'affichage, plusieurs des affiches incriminées ont pourtant disparu du paysage urbain de plusieurs villes. Keolys, opérateur privé des transports publics, a ainsi décidé de « répondre aux demandes des voyageurs » en retirant la publicité des lieux de transports à Poissy, Rambouillet et Versailles, qui à elle seule a reçu 500 plaintes en une semaine, contre 900 habituelles en un an.

Les femmes ciblées

Voilà de quoi donner raison aux personnes choquées par les affiches de Gleeden qui, il est vrai, ne sont jamais innocentes. Lancé fin 2009 en France, avant de conquérir les autres pays européens, le site de rencontre sulfureux a basé sa promotion sur des slogans étonnants, voire choquants. « C'est parfois en restant fidèle que l'on se trompe le plus », « Tromper son mari, ce n'est pas la fin du monde », « Être fidèle à deux hommes, c'est être deux fois plus fidèle »… Tant de slogans pousse-au-crime concoctés avec soin, tout en émanant un certain paradoxe : pourquoi sont-ils sans cesse destinés aux femmes, alors que l'on sait tous que la majorité des 2,3 millions d'utilisateurs de Gleeden sont des hommes ? Le site cherche-t-il a rallier avant tout la bonne ménagère de son côté ?

On est donc en droit de se poser la question suivante : l'AFC et les groupes catholiques conservateurs tiendraient-ils le même discours si ces slogans visaient les hommes ? En l'attente d'une réponse des plaintifs, à vous de vous faire votre idée.