Il y a encore quelques années, il aurait été impensable de croire qu’un dessin créé du bout d’un crayon d’un caricaturiste aurait pu mener à tant de débats sur la liberté d’expression. C’est aujourd’hui le cas, après les terribles attentats au journal satirique #Charlie Hebdo. Un drame qui, s’il a entraîné des mesures exceptionnelles dans la lutte contre le terrorisme, a également provoqué de vastes polémiques à travers le monde.

À commencer par l’incroyable frilosité avec laquelle les médias internationaux ont parlé de la Une du numéro de Charlie Hebdo paru après les attentats. Mohamet les larmes aux yeux, tenant une pancarte avec écrit « Tout est pardonné »… Apparemment, c’était encore trop délicat pour certains médias, eux-mêmes qui prônaient pourtant la liberté d’expression dans les jours qui ont suivi le drame. Les Etats-Unis, les premiers à s’être insurgés et à avoir demandé une réponse forte face à ces actes de terrorisme, sont ceux qui au final auront le plus censuré la caricature de Mohamet, tant lors des journaux télévisés (où même la journaliste française Caroline Fourest a été coupée de l’antenne après avoir brandi la Une en question) que dans les journaux papiers, où la caricature était carrément floutée pour ne pas choquer les citoyens qui pourraient l’être.

Autre polémique : celle de la riposte des pays musulmans contre l’insolence des Français. Ainsi, l’Iran a décidé de lancer un concours de caricatures sur l’Holocauste. Celui qui aura présenté la meilleure « œuvre » se moquant d’un pan de l’histoire que les Iraniens ont toujours nié gagnera la jolie somme de 12.000 dollars. Un pied-de-nez à la France et à Charlie Hebdo ? En quelque sorte, puisqu’un concours similaire avait été organisé en 2006 suite aux caricatures de Mohamet affublé d’une bombe à la place du turban dans un journal danois. Si cette initiative avait à l’époque été créée par un journal iranien, c’est aujourd’hui la Maison du cartoon iranienne qui est à l’origine du concours, épaulée par la municipalité de Téhéran, et donc par le gouvernement iranien. Plutôt étrange comme réaction, d’autant plus que le président iranien Hassan Rohani faisait des parties de ceux qui ont présenté leurs condoléances à la France et condamné fermement les attentats, tout comme tous ces pays africains (Algérie, Niger, et j’en passe), qui ont envoyé leurs dirigeants marcher aux côtés de François Hollande le 11 janvier dernier. Et pourtant, depuis un peu moins d’un mois, des manifestations ont lieu presque tous les jours pour critiquer la nouvelle Une de Charlie Hebdo. Des drapeaux français sont brûlés, des manifestants sont tués et blessés… Mais pour quelle cause ? Une cause que semble avoir oublié le temps de quelques heures ces gouverneurs de pays à la mémoire un peu courte.

La polémique portée par les caricatures n’est pas seulement limitées à l’extérieur du pays. En France aussi, le rire et la dérision ont été oubliées un moment lorsque le magazine Fluide Glacial a sorti sa Une caricaturant un Français tirant un pousse-pousse dans lequel se prélasse un Chinois flirtant avec une belle blonde « bien de chez nous ». Le titre « Péril jaune, et si c’était déjà trop tard » n’a pas tardé à choquer tant les Chinois installés en France que ceux de l’Empire du Milieu. Finalement, ceux-ci auront renoué le dialogue en ripostant avec un dessin caricaturant les Français. Un dessin très apprécié par l’équipe de Fluide Glacial lors du dernier Festival de la BD d’Angoulême et qui a permis de renouer le dialogue. Et si la riposte par le rire était finalement la solution idéale pour ceux qui se sentent offensés par une quelconque caricature ? Il y a encore du chemin à faire pour faire accepter cette idée par certains pays, mais qui sait… #Journalisme