Quelques heures après les attaques qui ont coûté la vie à deux personnes et fait cinq blessés à Copenhague, anonymes et personnalités politiques et de la société civile se sont retrouvées devant l'ambassade du Danemark, ce dimanche 15 février vers 18h. Silencieusement, simplement armés de drapeaux danois et de panneaux, tous ont répondu à l'appel de SOS Racisme, de l'Union des Étudiants Juifs de France, et de l'Association Française des Victimes du #Terrorisme. Tous sont venus offrir leur soutien aux victimes, Finn Norgaard, réalisateur de 55 ans, abattu dans la fusillade du centre culturel de Krudttonden, et Dan Uzan, mortellement touché devant la synagogue de Copenhague alors qu'il montait la garde à l'occasion d'une Bar Mitzvah. Tous ont voulu pour porter haut les valeurs qu'ils défendent : la tolérance, le respect de l'autre, la liberté de religion et d'expression, et dire non au terrorisme, : "Je suis profondément horrifié, scandalisé comme tout le monde. Je pense qu'il faut tous ensemble, en Europe, au nom des valeurs qu'on défend, se serrer les coudes, dire non à la violence, à l'intégrisme et au terrorisme" insiste Thomas. Liv, une danoise résidant à Paris, avait encore du mal à réaliser l'indicible : "C'est très difficile pour moi. Je suis bien entendu choquée, mais cela semble si irréel, je ne veux tout simplement pas y croire." Même son de cloche du côté de Ninette, retraitée : "J'ai du chagrin. Des innocents ont été attaqués, tués à cause de leurs convictions pour la liberté d'expression, ou en raison de leur appartenance religieuse. Il ne faut plus se taire, il y en a marre."

Un peu plus tôt dans l'après-midi, le chef de l'État français François Hollande s'est rendu sur place pour s'entretenir avec l'ambassadrice danoise en France et pour "exprimer la solidarité de la France à l'égard du peuple danois. Ce qui s'est produit hier, c'est ce qui était déjà à l'œuvre en France il y a plus d'un mois, les mêmes cibles. Il y a un lien qui n'établit pas un réseau mais la même détermination d'un terroriste à frapper ce que nous sommes. Nos valeurs."

L'union pour lutter contre le terrorisme

Au-delà du recueillement, les nombreuses personnes présentes ont surtout appelé à la mise en place d'une action, d'une lutte commune au niveau européen : "Nous sommes confrontés à la violence, il y a urgence, il faut apprendre. Sur le plan logistique, sur le plan militaire, il faut une réponse européenne, il faut partager les données, il faut que les services secrets travaillent ensemble" souligne l'écrivain Marek Halter. Moché Lewin, rabbin du Raincy et directeur exécutif de la conférence des rabbins européens attend de son côté "des actions concrètes au niveau européen, en matière de répression, en matière d'éducation. Il doit y avoir des actions fortes pour endiguer cette violence. La mobilisation doit être européenne. Il faut mettre des moyens, notamment sur internet, où on a déjà eu des résultats, par exemple en ce qui concerne la pédophilie," avant d'évoquer l'importance du travail que doivent mener les leaders religieux. "Il faut de la sensibilisation ainsi qu'un travail inter religieux. Les religions doivent prendre part à cette lutte contre la radicalisation. Nous ne pouvons pas nous contenter d'être des observateurs."

Dire non à l'escalade

Dominique Sopo, président de SOS Racisme, a quant à lui appelé à la cohésion et au vivre ensemble : "Ces terroristes essaient d'instaurer la terreur, mais surtout, et ce n'est pas assez dit, ils espèrent que leurs actes entraînent des représailles contre les musulmans. Et que les musulmans eux-mêmes en retour soient dans une logique de représailles. Ils veulent dynamiter le lien social et le vivre ensemble. Il ne faut pas les laisser faire." Un avis partagé par Sacha Reingewirtz, Président de l'Union des Étudiants Juifs de France : "J'ai appris qu'à Lens, une femme enceinte, de confession musulmane, aurait été rouée de coups. C'est intolérable, et le nombre grandissant d'actes islamophobes, contre des mosquées, l'est tout autant. C'est très inquiétant. Il ne faut pas céder aux amalgames, faire la distinction entre les djihadistes, qui sont une secte, et la religion, l'Islam, qui n'a rien à voir avec ça, et c'est important de le dire. Sans pédagogie, sans travail de terrain, on sera malheureusement tributaire de cette radicalisation."

Il y avait ce dimanche comme un air de déjà-vu devant l'ambassade du Danemark. Les mêmes regards perdus qu'il y a un peu plus d'un mois après les attentats de janvier à Paris. Les mêmes gerbes de fleurs, la même indignation, les mêmes slogans, ou presque : "Je suis Danois" ; "Charlie est Danois" ; " Nous sommes tous Danois". La même conviction, surtout, de la nécessité de continuer à lutter main dans la main contre le fanatisme religieux.