Blasting News : Jeanne, depuis combien de temps faites-vous ce métier ?

J'ai commencé lorsque j'avais 18 ans. J'en ai aujourd'hui 38, faites le compte !

Que faites-vous exactement ?

J'accompagne les clients à leur hôtel, chez moi, ou chez eux. J'accepte tout le monde : les hommes, les femmes, les couples, et je pratique un peu tout ce qui peut se faire.

Quels sont vos tarifs ?

Ca va de 120 euros la demi-heure, 170 euros l'heure, et plus selon le temps passé ensemble…

Qui est prêt à mettre ce prix pour une passe ?

Il y a deux sortes de clients : tout d'abord ceux qui habitent ici, qui sont généralement des indépendants qui ont entre 40 et 70 ans. Ce sont principalement des néerlandophones à 80%, 15% sont francophones et le reste est étranger. Et puis il y a les clients en visite, qui sont ici de passage pour des voyages d'affaires et que je rejoins donc à l'hôtel, souvent à Bruxelles ou dans le Brabant Flamand.

Qui sont ces hommes d'affaires ? Sont-ils vraiment aisés ?

Si on considère qu'ils sont aisés s'ils gagnent plus de 6000 euros par mois, alors oui, ils sont aisés ! Mais la prostitution et l'escorting sont des pratiques extrêmement banales dans le métier, on ne conçoit pas de descendre dans un hôtel sans que le tenancier ne puisse vous recommander une fille ou l'autre. Ça fait partie des joies du voyage d'affaires !

Mais en France, les gens ont encore une mentalité assez arriérée, et la prostitution n'est pas encore acceptée par tout le monde, même si toutes les couches de la population y sont plus ou moins mêlées. Et si certains préfèrent aller dans des bordels, d'autres, comme les riches hommes d'affaires, aiment davantage le confort et le luxe que procure une chambre d'hôtel et la compagnie d'une escort-girl pour distraire leurs soirées.

Est-ce que vous adaptez vos tarifs selon vos clients, par exemple pour vos habitués ?

Non pas du tout, je garde toujours les mêmes prix standards annoncés dès le départ, même pour ceux que je cotoye depuis longtemps. On a toujours des ennuis si on adapte les prix, ça crée un déséquilibre et une mauvaise surprise pour les clients, qui ne reviennent alors pas. Pour ce qui est de mes tarifs en général, on peut dire qu'ils sont légérement plus élevés par rapport aux escorts-girls « classiques » : je suis transsexuelle et la concurrence est plutôt moindre !

Pour vous, y a-t-il vraiment une différence entre le métier d'escort et celui de prostituée ?

Aucune ! Ce ne sont que des mots qui cachent une réalité identique.

Est-ce que les affaires comme celles du Carlton de Lille ont changé quelque chose dans votre métier ?

Disons que ça a été un choc pour la classe populaire de découvrir l'escorting et les parties fines, pourtant très communes dans le monde des affaires. L'escorting représentait une sorte de fantasme pour la classe populaire, quelque chose que ces gens n'arrivaient pas à concevoir et à se représenter. Dominique Strauss-Kahn et l'affaire du Carlton ont fait déferler une sorte de vague de prise de conscience dans la France profonde, qui s'est rendue compte de ce qui existe depuis toujours et qui est tout à fait normal pour une partie de la population. Ça a choqué l'opinion, c'est sûr, mais il faut bien se rendre compte que la France est très rétrograde et se choque pour très peu.

Vous avez donc des hommes d'affaires, des hommes importants dans vos clients ? 

Sûrement oui. Vous savez, je ne m'intéresse pas beaucoup à eux. Je connais leur prénom et je sais dans quoi ils travaillent, mais ça s'arrête là ! On parle parfois un peu plus de ce qu'ils font. Par exemple, un de mes clients travaille dans le trading de charbon. Il m'a tout raconté sur son métier, je connais presque tout dans ce domaine maintenant ! Mais ça s'arrête là : on ne se raconte pas nos vies privées, je ne connais pas leurs vies de famille, et si j'ai des gens importants dans mes clients, mieux vaut qu'ils gardent peut-être ça pour eux.

*Prénom d'emprunt