Située au cœur d'une rue où les bâtiments sinistres se ressemblent tous, le Resto du cœur de Namur en #Belgique fait figure d'exception avec sa devanture accueillante grâce aux affiches colorées annonçant le nom de l'établissement. Une fois la porte poussée, ce sont de nouveaux des couleurs qui attirent le regard : oranges, vertes, jaunes… Les nombreuses petites tables disposées par-ci, par-là invitent à s'asseoir pour se réchauffer devant un bon café chaud. Son portrait accroché sur un mur, Coluche promène son regard bienveillant sur ce lieu grouillant de vie, tout en étant paisible. Les bénévoles et assistants sociaux vont et viennent entre les tables, glissent un sourire à un vieux monsieur un peu perdu ou écoutent attentivement les demandes d'une dame à la rue. Contrairement à l'idée répandue, le rôle de ces bénévoles est bien plus important que celui de simplement distribuer les petit-déjeuners le matin. « Les gens viennent nous parler, et nous leur prêtons donc une oreille attentive pour les conseiller, les orienter ou tout simplement écouter ce qu'ils ont sur le cœur », explique Nathalie, une bénévole qui vient au Resto une fois par mois, comme tous les autres, quand elle ne travaille pas en tant qu'infirmière. Son métier l'aide d'ailleurs beaucoup dans son rôle de bénévole. « Je suis habituée à aider les autres, je sais gérer les situations délicates. Mais les bénévoles ne doivent pas se substituer aux salariés, puisque la plupart n'ont pas, comme moi, une formation de base pour venir en aide à ces personnes défavorisées », explique-t-elle. Sa mission est alors d'ajouter une petite pierre à l'édifice, en collaborant avec la petite dizaine d'employés (assistants sociaux, cuisiniers…) qui discutent joyeusement entre eux ou avec les clients. Parce que les personnes défavorisées qui viennent dans un Resto du cœur ne sont pas considérées comme des usagers ou des mendiants, mais bien comme des clients grâce au prix des repas qu'ils se doivent de payer chaque jour. « Ce n'est qu'1,70€ et ça ne permet pas du tout de couvrir nos frais. Mais c'est un prix symbolique : le fait d'être clients leur donne des droits et les dédouane », explique le directeur de l'établissement, Robert Galante.

« Les Enfoirés ne sont pas très malins »

Lait, café, tartines, confitures et chocolat à tartiner… Le petit-déjeuner proposé de 7h à 9h par le Resto du cœur n'est pas du genre frugal et permet de cette façon d'aider les personnes en difficulté à reprendre des forces avant d'affronter soit la rue, soit les diverses administrations auxquelles elles doivent se rendre pour améliorer leur situation. Des situations qui sont d'ailleurs toutes diverses : si certains sont sans-abris, d'autres sont des familles vivant en-dessous du seuil de pauvreté, d'autres encore souffrent d'assuétudes diverses, une association venant d'ailleurs spécialement pour eux chaque semaine pour les aider. Mais que reste-t-il de l'esprit de Coluche dans ce Resto du cœur namurois, lui qui avait créé ces établissements pour venir en aide aux gens dans le besoin ? « Coluche croyait que c'était provisoire. Il serait déçu de voir que rien n'a changé, et que les Restos du cœur existent encore aujourd'hui ! », pense Nathalie, qui avoue avoir depuis sa jeunesse caressé l'idée de devenir bénévole pour les Restos grâce au mouvement initié par Coluche dans les années 80. D'ailleurs, Nathalie et Philippe, assistant social à la figure joyeuse, ne mâchent pas leur mot lorsqu'il s'agit de parler des Enfoirés, devenus aujourd'hui la principale vitrine des Restos du cœur. « Ils ont fait une fameuse connerie avec ce nouveau titre », explique Philippe en parlant du nouveau clip qui fait tant polémique. « Ils ne sont pas fort malins en se positionnant contre la jeunesse, en se logeant dans des hôtels de luxe… Ils ont fait de la pauvreté un nouveau marché », ajoute-t-il. De son côté, Nathalie avoue qu'ils apportent quand même de la visibilité à l'association. Le fossé séparant #Les Enfoirés, vitrine luxueuse d'un monde où la vraie solidarité s'exprime grâce aux bénévoles, semble se creuser de plus en plus…