Le droit de l'ouvrir est considéré comme étant une valeur primordiale de notre société française. Plus encore depuis le 7 janvier dernier, où des caricaturistes qui ont osé rire d'une croyance se sont retrouvés nez à nez avec la mort. Ces dernières semaines ont vu déferler dans la rue des citoyens venant de toutes les couches sociales, de toutes les régions et de toutes les confessions pour demander à ce que ce droit à la liberté d'expression soit respecté envers et contre tout.

Mais force est de constater qu'aujourd'hui, même après les attentats à #Charlie Hebdo, la liberté d'expression n'a pas la même définition pour tout un chacun. La preuve avec Dieudonné, humoriste le jour, diffuseur d'une pensée raciste et antisémite la nuit. Aux proies avec la justice depuis presque toujours, Dieudonné Mbala Mbala distille régulièrement dans ses spectacles ou dans ses vidéos réalisées à domicile des blagues malheureuses sur les juifs et la Shoah. Mais loin de s'être assagi par l'émotion collective des attentats, l'humoriste a publié le 11 janvier dernier, en rentrant de la marche républicaine, un tweet qui n'a pas fini de faire grincer des dents. « Je me sens Charlie Coulibaly », avait-il posté. De quoi laisser penser à une énième provocation contre la communauté juive, première cible des attentats au supermarché casher de la porte de Vincennes commis par Coulibaly. Il n'a fallu que quelques heures pour que le trublion soit emmené en garde de vue, pour être finalement relâché le lendemain. Mais ses ennuis ne s'arrêteront pas là : jugé pour apologie du terrorisme, il devra payer jusqu'à 30.000 euros d'amende.

Un débat sans fin

N'y a-t-il pas quelque chose de paradoxal dans le fait de défendre la liberté d'expression à tout prix d'un côté, et de réprimer celui qui ose faire un pas de travers de l'autre ? S'il est évident que les propos tenus par Dieudonné ce 11 janvier dernier, comme dans la majeure partie de sa carrière, sont inacceptables et choquants, ils ne devraient pas l'être davantage que la caricature d'un prophète respecté par des millions de citoyens en France. Il en va de même pour Eric Zemmour, ce philosophe à la plume acérée qui aime tant rejeter les malheurs de la France sur le dos des musulmans, ou encore Michel Houellebecq, toujours à la limite du bon goût. Peuvent-ils eux aussi être poursuivis pour leurs propos racistes et xénophobes ? Certains diront que tant les caricatures que ces écrivains ne provoquent pas de « trouble à l'ordre public », contrairement à Dieudonné. On a pourtant remarqué ce qu'un simple dessin pouvait faire, bien malgré lui et son auteur, comme dégâts. Faut-il donc accepter la liberté d'expression dans son ensemble, quitte à franchir quelques limites de la bienséance, ou tout simplement accepter le deux poids, deux mesures ? Un débat qu'on aurait cru régler après ces attentats, mais qui a plutôt tout l'air d'être revenu sur le devant de la scène. #Journalisme