Certains avaient osé en parler, mais personne ne voulait y penser. Oui, il y aurait un après, et alors ? Le mois dernier, la France marchait en cœur, ou presque, sous l’étendard « Je suis Charlie » en rendant hommage aux dix-sept victimes des attentats qui ont secoué le pays. Marches républicaines spontanées voulant symboliser le vivre ensemble et la défense des libertés, cet élan national, qui avait ému au-delà des frontières, se voulait aussi un formidable message de soutien au journal satirique. Effet collatéral positif malgré lui, les ventes de Charlie allaient exploser.

Le 14 janvier, jour de sortie du « Numéro des survivants », les Français ont fait la queue, le jour à peine levé, pour avoir leur numéro. « Tu l’as eu ? », voilà ce qu’on pouvait entendre un peu partout et lire sur les réseaux sociaux. Les buralistes n’avaient jamais vu ça. La demande était telle que les tirages devinrent surréalistes : huit millions d’exemplaires. Un record pour la presse française.

Un sursaut bienveillant mais éphémère

Après cette émouvante mobilisation, l’équipe du journal est restée lucide. Pour le deuxième numéro paru le 25 février dernier, 2,5 millions d’exemplaires ont été tirés, soit trois fois moins que pour le numéro précédent. Une semaine plus tard, tout n’est pas vendu et les Français ne font plus la queue. Il en reste encore plus de la moitié dans les kiosques alors que le prochain numéro sort demain.

Pour ce N°3, il est prévu 1,6 millions d’exemplaires. Une pente plutôt raide qui témoigne d’une réalité peu surprenante : loin d’être le symbole d’un engagement fort pour soutenir le journal en péril, les huit millions d’exemplaires vendus n’ont été qu’un sursaut bienveillant mais non moins éphémère d’une population déjà passée à autre chose.

Le contraste est frappant tant la mobilisation a été exceptionnelle. Certains ont voulu croire à une renaissance du journal mais force est de constater que tout cela ne fut qu’un rêve. Car à ce rythme-là, à combien tirera Charlie dans six mois ? Vendu à moins de 30 000 exemplaires avant le drame, peut-il redescendre aussi bas ? Quoi qu’il en soit, dans un monde où une info chasse l’autre en un éclair, il semblerait que les victimes du 7 janvier aient été définitivement enterrées. #Charlie Hebdo