Après le Mariage pour tous, c'est le deuxième grand sujet de société du quinquennat de #François Hollande. Un sujet qui anime les passions, aussi bien au niveau politique que dans la société civile. Lors de sa campagne électorale pour les Présidentielles, François Hollande avait promis de revenir sur la loi de 2005 et de réfléchir à « un texte de consensus ». Une position prudente face à un débat sensible qui dure depuis plus de 10 ans.

Une loi contre le « mal mourir »

C'est fin 2014 qu'Alain Clayes (PS) et Jean Leonetti (UMP), députés en charge du dossier ont remis à François Hollande leurs nouvelles propositions pour modifier et faire avancer la loi existante. Un rassemblement politique qui laissait présager l'unité idéologique d'une majorité. Or, discutée devant l'Assemblée nationale depuis le mardi 10 mars, la proposition de loi provoque déjà une levée de boucliers de part et d'autre.

Au cœur de la discorde, l'idée de "sédation profonde et continue" prévue par le texte. Cette sédation permettrait aux patients qui le souhaitent de quitter la vie de façon plus apaisée. Loin de faire l'unanimité, cette notion divise à l'intérieur des camps et des partis. Pour les partisans au droit à mourir dans la dignité (ADMD), cette mesure est « bâclée » et très inefficace car elle obligerait les patients à mourir « à petit feu », selon les termes de leur président Jean-Luc Roméro, leur ôtant tout contrôle des derniers instants. Dans le camp adverse, les fervents opposants à l'euthanasie comme l'association Soigner dans la dignité s'inquiètent de la frontière entre « soulager la douleur » et « intention de provoquer la mort ».

Sur le plan politique, même désaccord. Devant l'ampleur des divergences et considérant que le rapport à la mort est quelque chose de personnel, le PS a accordé à ses élus la liberté de vote. Cependant, 125 députés PS se sont déclarés en sa faveur et se sont réunis pour signer un appel au droit à la sédation.

La France, grande retardataire en Europe

Dans une Europe où chaque pays a déjà légiféré sur la question, la France est en retard. Car c'est à chaque état membre de s'emparer lui-même de la question au niveau national, le Parlement européen refusant de légiférer sur la question et laissant aux états la responsabilité de leurs choix. Ainsi, il n'y a pas d'harmonie européenne sur le sujet. Alors que certains pays du nord comme la Belgique, la Suisse, le Luxembourg et les Pays-Bas (premiers à avoir voté) sont favorables à l'euthanasie, la majorité des pays du sud sont contre. En Belgique, le parlement a adopté une loi en février 2014 qui autorise l'euthanasie des mineurs en phase terminale, s'ils en font la demande. Un grand écart idéologique avec la France qui peine encore à convaincre l'opinion publique.

En France, l'euthanasie est illégale, mais le code pénal distingue l'euthanasie active, assimilée à un homicide, de l'euthanasie dite passive, provoquée par "l'abstention thérapeutique" et considérée comme un acte de non-assistance à personne en danger.

En 2005, la loi Leonetti avait instauré en sus un droit au « laisser mourir » qui permettait la prescription de médicaments limitant la douleur et dont les effets secondaires pouvaient abréger la vie du malade. Une euthanasie passive extrêmement contrôlée mais qui avait marquée la limite au-delà de laquelle les Français ne pouvaient aller. Depuis, le Sénat a rejeté tout projet de loi visant à assouplir le protocole.

Paradoxalement, alors que la question les perturbe, la majorité des Français ne se prépareraient pas à la perte d'autonomie due à la vieillesse, selon un sondage de l'OCIRP (union d'organismes de prévoyance). Le grand chantier qui s'ouvre actuellement permettra peut-être de faire avancer les idées et de considérer le droit à la dignité dans la mort comme l'un des fondamentaux des droits humains. #Union Européenne