« Nouveaux affrontements à Ferguson » « Colère à Ferguson » « Nouvel incident violent à Ferguson ». Depuis quelques mois, les tensions entre les policiers et les citoyens de Ferguson, aux Etats-Unis, sont très suivies par les médias français. Pourtant, il n'y a pas qu'à Ferguson que les agressions envers les forces de l'ordre se multiplient. Pendant ce temps là, en France, des centaines de gendarmes et de policiers subissent chaque jour des menaces verbales et des agressions physiques. Certes, le contexte est différent. Aux Etats-Unis, on reproche aux forces de l'ordre de s'en prendre aux Afro-Américains, depuis que le jeune Michael Brown a été abattu par un policier blanc. En France, cette violence a un autre visage, même si on reste dans le flou quant à ses véritables racines.  

Une nouvelle forme de violence

Les fonctionnaires de police étaient habitués à rencontrer des individus furieux lorsqu'ils se faisaient contrôler parce qu'ils téléphonaient en conduisant ou parce qu'ils ne portaient pas leur ceinture de sécurité. Leur colère pouvait les mener à quelques actes d'incivilité, intolérables mais peu dangereux. Depuis quelques mois, une nouvelle forme de violence est apparue, notamment dans les banlieues, comme l'explique Christophe Crépin, délégué syndical Unsa-Police : « Certains résidents considèrent les banlieues comme leurs points forts et souhaitent le faire comprendre aux forces de l'ordre en utilisant leurs armes. Ils veulent faire front, ils viennent au contact et n'hésitent pas à tirer ».

Les menaces verbales sont immédiatement mises à exécution. Les individus menaçant ont très vite fait de passer à l'acte, sans crainte apparente. Les forces de l'ordre n'ont pas d'autre choix que de les prendre au sérieux. « Les jeunes n'ont plus peur, ils ne s'enferment pas, ils sortent et tirent directement sur les policiers », affirme Christophe Crépin.

Un rapport accablant

Cette augmentation des violences physiques et verbales envers les forces de l'ordre a été démontrée par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Dans son rapport annuel 2014, une étude révèle que les atteintes aux personnels et aux biens de la Police nationale ont augmenté de 5,5% en 2013, par rapport à 2012. Elles représentent 43 434 faits en 2013 contre 41 186 l'année précédente.

Une seconde étude réalisée en parallèle montre que les atteintes aux personnels et aux biens de la Gendarmerie nationale ont augmenté de 17% en 2013, par rapport à 2012. Elles représentent 3 654 faits contre 3087 l'année précédente.

S'agissant de la police, les agressions physiques ont progressé de 7% en un an, tandis que 1700 militaires ont été blessés durant leur service. En 2013, neuf policiers ont perdu la vie alors qu'ils étaient en service ou en mission. Aucune victime n'a été recensée au sein de la Gendarmerie nationale.

Quant aux atteintes aux biens de la Gendarmerie nationale, qui regroupent les destructions, les dégradations et les vols, elles ont progressé de 21% en 2013, alors que la Police nationale enregistre une hausse de 2,8% cette même année.

Un sentiment d'impunité

Depuis quelques mois, les faits-divers mettent en avant un sentiment d'impunité de plus en plus important en France. D'après les études menées par l'ONDRP, les « atteintes volontaires à la vie » sont en forte hausse.

Certains individus n'hésitent plus à entrer directement dans les commissariats pour menacer les forces de l'ordre. Le 20 décembre 2014, un homme âgé d'une vingtaine d'années a été abattu après avoir agressé des policiers à l'arme blanche au commissariat de Joué-les Tours. Cette fois, l'individu s'était écrié « Allahou Akbar » (Dieu est grand, en arabe). C'est la raison pour laquelle le parquet a privilégié la piste de l'extrémisme radical.

A en croire le bilan dressé par l'ONDRP, la peur de l'uniforme semble bien loin dans les mentalités. En effet, d'autres études montrent que les policiers et les gendarmes ne sont pas les seules victimes de la violence, les pompiers et les contrôleurs sont eux aussi la cible de nombreuses agressions.