Aujourd'hui 8 mars, c'est la journée internationale des #Femmes. Comme chaque année, il vous sera difficile d'échapper à cet évènement. Pendant 24 petites heures, une partie de la planète va zoomer au plus près sur la condition des femmes dans le monde et photographier l'instant T: études, rapports et statistiques vont fleurir un peu partout et rappeler à ceux qui en doutaient qu'être femme, c'est encore appartenir à une minorité en danger. Si ce focus annuel est l'occasion de s'interroger et d'agir en faveur des femmes dans le monde, nous avons décidé de nous éloigner de ce point de mire pour regarder vers la semaine écoulée et apprécier l'histoire des femmes en mouvement. Oscillant en temps réel, entre le pire et le meilleur, cette histoire se construit chaque jour dans un concert d'avancées fragiles et de reculs incessants. En 7 jours, du 1er au 8 mars 2015, les femmes ont été les témoins et les actrices d'un monde en marche. Retour sur une semaine riche en événements.

L'Algérie fait un pas en faveur du droit des femmes

Il arrive que les changements de mentalités, qui s'instaurent toujours dans la lenteur nous surprennent tout à coup et qu'ils fassent subitement bouger les lignes de tout un pays. Cette semaine, c'est l'Algérie qui a surpris l'opinion par le vote de ses députés qui ont adopté une loi criminalisant les violences contre les femmes, à la fois dans la sphère publique et au sein des familles.

Ce texte, qui modifie le code pénal en vigueur, introduit la notion de harcèlement, qu'il soit public, moral ou conjugal. Ce vote symbolise la reconnaissance par les autorités des violences faites aux femmes et stipule que quiconque portera volontairement des coups à son conjoint risquera un à vingt ans de prison, selon l'importance des blessures. Une condamnation qui peut aller jusqu'à la réclusion à perpétuité en cas de décès. Une véritable révolution dans une société patriarcale où la condition de la femme n'est pas reluisante. Par ailleurs, cette loi tend à préserver les ressources financières des femmes mariées puisqu'un article prévoit désormais six mois à deux ans de prison pour «quiconque exerce sur son épouse des contraintes afin de disposer de ses biens ou de ses ressources financières».

Au sein de l'Assemblée nationale qui ne compte pourtant pas d'islamistes radicaux, quelques élus se sont érigés contre l'adoption de ce texte, accusant le gouvernement de se plier aux normes occidentales. Certains y ont même vu une atteinte à la stabilité de la cellule familiale et une « violation de la vie au foyer ». Malgré cette opposition prévisible, l'Algérie vient de faire un grand pas en avant dans l'histoire des femmes de son pays.

Inde : Quand l'opinion publique se réveille

En Asie, c'est la ville de Dimapur, dans le nord-est de l'Inde qui a fait parler d'elle. Le 6 mars, la ville était encore quadrillée par des unités de la police anti-émeutes et sous couvre-feu. L'origine de cette mobilisation : le lynchage par la foule d'un homme soupçonné de viol. Alors qu'il était enfermé en prison depuis fin février, l'homme âgé de 35 ans a été battu à mort et pendu à une horloge de la ville. Si ce fait divers sordide ne peut faire la joie des défenseurs des droits des femmes, il témoigne d'une prise de conscience importante, bien que locale, dans un pays trop souvent médiatisé comme « le pays du viol ». Rappelons que cette affaire survient deux ans seulement après le viol en réunion d'une étudiante en médecine dans un bus de la capitale. Un événement qui avait ému l'opinion internationale.

C'est d'ailleurs sur ce sujet que la réalisatrice britannique Leslee Udwin a réalisé son dernier documentaire, intitulé India's Daughter (« La fille de l'Inde »). Alors qu'il devait être diffusé aujourd'hui dans sept pays pour témoigner en cette journée particulière, un tribunal indien vient d'interdire sa diffusion dans le pays. Une décision qui témoigne encore du long chemin à parcourir dans cette région du monde.

D'Istanbul à Kaboul : les hommes se mobilisent

La scène s'est déroulée à Kaboul, en Afghanistan, ce jeudi 5 mars sous le regard incrédule des passants. A trois jours de la journée internationale des femmes, c'est dans un élan de solidarité avec les femmes de leur pays, qu'une poignée d'hommes, plutôt jeunes, ont enfilé des burqa par-dessus leurs vêtements et défilé dans les rues de la ville. Ces citoyens, accompagnés de l'association « Les volontaires pour la paix en Afghanistan » ont, par ce geste fort, montré au monde entier qu'il y avait encore dans leur pays, une jeunesse contestataire prête à prendre des risques pour défendre la cause féminine. Considérant que « l'un des meilleurs moyens de comprendre les femmes est de marcher et d'essayer la burqa», un des activistes, âgé de 29 ans, a expliqué ce geste en affirmant «Les autorités vont célébrer la Journée internationale de la Femme dans les grands hôtels, mais nous voulons aussi le faire dans la rue».

Cette initiative courageuse fait écho à l'action menée fin février par de jeunes garçons turcs qui avaient manifesté en jupe dans les rues d'Istanbul pour affirmer leur soutien aux femmes de Turquie et dénoncer le meurtre brutal de la jeune étudiante de 20 ans Özgecan Azlan, qui avait été violée, assassinée puis brûlée alors qu'elle rentrait chez elle en novembre dernier.

Mais si ces manifestations de soutien se sont déroulées sans heurts, il semblerait qu'il soit bien plus facile de défendre la cause féminine quand on est un homme que lorsqu'on est une femme soi-même. L'artiste afghane Kubra Khademi l'a appris à ses dépens. Rappelons qu'elle avait essuyé insultes et jets de pierres le 27 février dernier alors qu'elle défilait dans les rues de Kaboul portant une armure de fer qui recouvrait certaines parties de son corps. Voulant protester contre les attouchements faits aux femmes dans son pays, véritable pression quotidienne qu'elle subit elle-même depuis l'enfance, elle a dû s'enfuir malgré les journalistes qui essayaient de la protéger.

En regardant dans le rétroviseur la semaine qui vient de s'écouler, nous constatons que chaque jour, les lignes bougent, et que la situation des femmes dans le monde est véritablement un combat de tous les instants. Si l'oppression et la soumission naviguent entre sexisme ordinaire et barbarie, il est du devoir de chacun de participer activement, au quotidien, à la survie des acquis et à l'émergence de nouvelles victoires. #Journée de la femme