Plusieurs dizaines de personnes se sont réunies ce mercredi 4 mars, place du Trocadéro à Paris pour dire non à l'exécution de Rodney Reed, condamné à mort en 1996 pour le meurtre de Stacey Stites, mais également pour demander une révision de son procès. Organisations Non Gouvernementales, syndicats ou encore associations de défense des Droits de l'Homme, convaincus de son innocence, ont tenu à apporter leur soutien à cet Américain de 47 ans, emprisonné au Texas : "Ce rassemblement, c'est pour demander un nouveau procès et de nouveaux tests ADN pour Rodney Reed, qui pourraient le faire sortir du couloir de la mort où il est enfermé et torturé psychologiquement depuis 1998", clame Emmanuelle Peulois, de l'association Lutte pour la #Justice. Raphaël Chenul-Hazan, Directeur Général de l'association ECPM (Ensemble Contre la Peine de Mort) insiste : "Son innocence est manifeste. Tous les éléments qui sont sortis dans les journaux montrent l'innocence de cet homme, on attend que la justice américaine reconnaisse son erreur". Son exécution, prévue ce jeudi 5 mars, a été repoussée fin février à une date ultérieure grâce à ses avocats, mais aussi à une mobilisation qui a dépassé les frontières. À l'occasion de ce rassemblement, ses défenseurs ont pu lire aux militants et anonymes réunis un message que leur avait fait parvenir Rodney Reed : "Mes amis, vous ne pouvez pas savoir tout ce que cela représente pour moi de voir que vous luttez, à 8 000 kilomètres de moi, pendant que je suis dans ma cellule. Je suis très reconnaissant de votre soutien et je suis sûr qu'avec votre aide, la justice vaincra." Depuis sa geôle texane, Rodney Reed crie son innocence depuis 15 ans.

Le cas Mumia Abu-Jamal

Si ce mercredi, beaucoup étaient présents pour Rodney Reed, la place du Trocadéro est depuis des années le lieu de rassemblement des défenseurs de Mumia Abu-Jamal, véritable symbole des opposants à la peine de mort. En 1982, cet écrivain, journaliste, et militant des droits afro-américains était condamné à mort pour le meurtre d'un policier de Philadelphie. Chaque mercredi, entre 1995 et 2011, date à laquelle la justice américaine commuait sa peine en prison à vie, ses défenseurs ont squatté les abords du jardin des Tuileries : "Mumia est un symbole. Il a été condamné à mort pendant 32 ans avant de sortir du couloir de la mort. Il passera le reste de sa vie en prison, sauf miracle. Il est important de rappeler que notre combat contre la peine de mort se fait aussi au travers des symboles, et Mumia en est un" rappelle Raphaël Chenul-Hazan. Si les rendez-vous sont moins fréquents depuis fin 2011 (tous les premiers mercredi du mois), les différents comités de soutien de Mumia Abu-Jamal ne perdent pas de vue leur objectif principal : "Je milite depuis maintenant 15 ans pour la libération de Mumia Abu-Jamal et surtout pour une révision de son procès. On se rassemble ici chaque mois, on déploie une banderole pour lutter contre la peine de mort. Mumia est une figure de proue de ce combat, de par l'histoire de sa condamnation et de son séjour en prison", précise Emmanuelle Simon, membre du Parti Communiste.

L'abolition comme combat commun

Des portraits des deux hommes, qui décoraient ce mercredi les murs du jardin des Tuileries, des drapeaux, des pancartes, des prospectus et des autocollants distribués dans les rangs, se dégageaient surtout l'ambition commune d'une abolition universelle de la peine de mort : "C'est un rassemblement pour Rodney Reed, qui est porte-parole, mais aussi pour toutes les personnes enfermées dans le couloir de la mort, là ou personne ne devrait être, les innocents bien sûr, mais les coupables aussi", appuie Emmanuelle Peulois. Et Raphaël Chenul-Hazan d'ajouter : "On parle pour les innocents, on parle pour les coupables, on parle pour les minorités pauvres qui sont le plus souvent condamnées aux États-Unis, mais aussi des Sri Lankais, des Indonésiens en Arabie Saoudite, ou des étrangers en Indonésie. Nous luttons pour l'abolition de la peine de mort, pour que plus personne ne subisse ce sort dans le monde. Qu'on en finisse avec cette pratique barbare d'un autre temps". En 2013, 778 personnes ont été exécutées dans le monde, selon Amnesty International. Un rapport qui ne tient pas compte de la Chine, qui auraient condamné à mort plusieurs milliers de citoyens.