"Le français se perd, mon bon ami". Voilà le type de phrases que nos ancêtres aiment ressasser en regardant les jeunes générations se fourvoyer en inventant des nouveaux mots, et en préférant l'orthographe "SMS" que celle apprise sur les bancs de l'école. Ils ont pourtant bien raison, ces ancêtres : la langue française est sur le déclin, de même que les langues régionales. Il suffit de voir les statistiques sur l'illettrisme pour s'en rendre compte: aujourd'hui, 7% de la population française (entre 18 et 65 ans) est illettrée, malgré une scolarisation en France. Si la moitié a plus de 45 ans, les jeunes ne sont pas épargnés, ce que constatent de nombreux professeurs, qui élèvent de plus en plus la voix pour dénoncer la situation. 

"Je le constate tous les jours, le français se perd", nous explique Luc Gérard, professeur de langues. "J'enseigne à des jeunes de 18 à 22 ans, et ils sont tous pauvres en vocabulaire, en grammaire et surtout en orthographe. La faute à quoi? C'est bien sûr amplifié par les SMS et le numérique. On veut tout dire très vite et de façon simplifiée. Du coup, le vocabulaire se perd. C'est incroyable comme les jeunes ne savent même plus trouver de synonymes au mot "surpris"! Ce n'est plus une priorité pour eux", confie-t-il.

Et si l'idée commune veut que le français se perde parce que la globalisation impose l'apprentissage d'autres langues, elle est fausse pour ce professeur de langues germaniques. "Comment voulez-vous apprendre une autre langue quand vous ne connaissez même pas votre langue maternelle? Si votre français est mauvais, vous n'apprendrez qu'un anglais basique et sans subtilité", affirme-t-il. 

Que faire pour endiguer cette dégradation du français? Si Manuels Valls a récemment annoncé la création d'une agence de la langue française pour améliorer son apprentissage dans les écoles, pour Luc Gérard, c'est déjà perdu d'avance. "C'est un combat d'arrière-garde. Les mesures prises par les gouvernements sont trop laxistes." Le triste constat d'une réalité...