En France, on connaissait les canulars de l'humoriste Gérald Dahan qui piégeait notamment des personnalités par téléphone grâce à ses talents d'imitateur. Dans l'hexagone, une autre forme de canular de mauvais goût s'est répandue : le swatting. Mais cette fois-ci, le degré d'humour n'est pas exactement le même.

Phénomène très courant aux Etats-Unis, le swatting est utilisé abondamment par les fans et utilisateurs de jeux en ligne. Frustré d'avoir perdu une partie de jeu vidéo, le joueur vaincu, en guise de revanche, va contacter le SWAT (Special Weapons And Tactics), l'unité de police paramilitaire aux États-Unis menant des opérations à hauts risques avec un armement lourd. Il leur prétexte qu'une personne (en l'occurrence un joueur adverse) va commettre un geste irréparable tel qu'une prise d'otages avec menaces de tuer des innocents ou d'assassiner le conjoint.

Avec cette fausse alerte, il convainc le SWAT de se rendre au domicile de cette soi-disant « personne dangereuse. » Comment réussit-il son coup ? Il rassemble un maximum d'informations sur sa victime : adresse IP, comptes sur ses réseaux sociaux... Avec ça, il réussit à divulguer l'adresse postale au SWAT.

La revanche 2.0

Les appels d'urgence de ce type sont à tel point crédibles que les membres du SWAT ne perdent pas une minute à se poser des questions et prennent ces alertes au sérieux. Les moyens dépêchés sur place sont ahurissants. Une fois que le SWAT arrive à l'adresse dévoilée, la victime ciblée entend sa porte se faire défoncer, les vitres se casser, les cris des membres du SWAT lui disant de se mettre à terre, les mains sur la tête. Tout se passe très vite, la victime ne comprend rien à la situation au même titre que les autres personnes éventuellement présentes dans ce domicile : femme, enfants.

L'auteur du canular ne se prive pas d'assister à l'arrivée du SWAT chez son adversaire de jeu. Tout comme les autres joueurs connectés au jeu en ligne, il peut contempler l'arrestation de sa proie en direct sur son écran d'ordinateur via la plateforme de streaming. C'est avec cette programmation en flux que les joueurs de jeux vidéo en ligne diffusent en direct leurs parties.

Que ce soit outre-Atlantique ou en France, plusieurs hommes ont été victimes de swatting, obligés de prouver au SWAT qu'ils ne sont pas de dangereux criminels. C'est le cas d'un joueur français nommé Bibix qui a connu cette frayeur et en avait fait les frais il y a un mois.

Sanctions

Plusieurs départements de police tentent tant bien que mal de repérer les fausses alertes qui mettent en péril les appels d'autres gens vraiment en danger. En 2008, le phénomène a commencé à s'amplifier. Et cinq ans plus tard, on apprend que le gouverneur de Californie a approuvé une #Loi pour lutter contre le swatting.

Les peines encourues sont variables : peines d'emprisonnement, remboursement du coût d'intervention des policiers. Dans le Code pénal, l'article 322-14 alinéa 2 réprime « le fait de donner une fausse information de nature à faire se déplacer de façon inutile les secours par 2 ans d'emprisonnement et 30 000€ d'amende. » De même, l'infraction pourrait être qualifiée au regard de 3 « l'article 226-10 du même Code de dénonciation calomnieuse puisqu'il s'agit d'une dénonciation factice de faits graves pouvant entrainer des sanctions judiciaires. »

Sur la page Twitter de la police nationale de France, via un post, elle dissuade les gens d'accomplir cette action stupide qui provoque peurs et colères : « appels malveillants, swatting, canular : ces comportements sont punis par la loi. » Voilà qui devrait rétracter ceux qui auraient les idées mal placées.