Martine, 62 ans, est à la #Retraite depuis le 1er septembre 2013. Elle touche 780 euros par mois : "48 euros du RSI, 153 euros de complémentaire, et 580 euros d'assurance retraite générale, ça n'est pas beaucoup, on peut dire que c'est précaire", avoue-t-elle. La vie active, cette habitante de Nice y est entrée en 1968, avec un apprentissage en couture. Tout au long de ses 45 ans de cotisations, Martine a multiplié les boulots : "J'ai travaillé longtemps comme mécanicienne en couture, sept ans chez Citroën à Rennes notamment, comme serveuse aussi. J'ai créé deux entreprises de service, la première en 1985, je m'occupais, chez les gens, de l'ameublement, de retouches de couture, de grands nettoyages, par exemple lors de déménagements, ou encore de rénovations des sols. Puis en 2000, toujours dans la retouche couture et dans la vente de prêt-à-porter féminin".

Cette mère de deux enfants met sa deuxième entreprise en liquidation en 2005 : "Les charges étaient correctes au début, mais elles sont devenues trop importantes. Je n'étais pas installée dans un quartier très commercial, et j'ai été obligée de constater que je ne pouvais plus avancer. Mais j'ai tenu cinq ans, alors que certains autour de moi ne tenaient que six mois". À l'époque, Martine élève seule sa fille, alors que son fils, plus âgé, avait déjà commencé sa vie d'adulte. Pour boucler ses 45 ans de vie active, elle suit notamment une formation pour devenir agent hôtelier : "Il était difficile de poursuivre ma carrière en couture, il y a eu beaucoup de délocalisations, et il n'y avait plus beaucoup de travail", précise-t-elle.

Moins de 500 euros pour vivre

À Nice, Martine a la chance de ne payer que 250 euros de loyer : "C'est un arrangement, pour les charges. Si demain je dois payer un loyer, et à Nice, il faut compter un minimum de 500 euros, je devrais faire une demande d'allocations". A ces 250 euros, cette jeune retraitée doit chaque mois ajouter "53 euros d'assurance mutuelle, 30 euros d'assurance vie, et 6 euros d'assurance juridique". Il ne lui reste alors que 440 euros pour s'habiller et se nourrir. Pour vivre tout simplement : "Avec cette somme, qu'est-ce que tu peux faire ? Tu ne peux pas faire grand chose. Tu peux survivre. Il faut faire attention pour s'habiller, et pour manger. Et si tu veux te faire un petit plaisir, c'est très difficile, il faut se priver pour l'envisager, ce sont des contraintes. Ta tête devient une machine à calculer. Tu regardes et tu te dis : 'Est-ce que tu peux, ou pas ?', c'est gênant". Sans compter que certains frais de santé, pour la vue ou les soins dentaires, sont à peine remboursés. Pourtant, alors que chaque euros est important, Martine verse en plus 10 euros, chaque mois, à la recherche pour la lutte contre le Sida. Et elle essaie tant bien que mal de mettre un peu d'argent de côté, car elle devra peut-être quitter le logement (en vente) qu'elle occupe, dans les prochaines semaines : "Je connais la précarité, et je ne suis pas inquiète. Même s'il faudra que je fasse attention, je sais que je trouverai une collocation ou un petit studio, et avec les allocations, la situation sera à peu près la même. Je ne serai pas dehors, et il y en a qui touchent encore moins que moi", insiste-t-elle.

Des doléances, et des rêves d'ailleurs

Alors que ce mardi 17 mars, retraités et syndicats sont descendus dans les rues partout en France pour demander une augmentation des retraites, Martine pointe du doigt le monde politique, qui laisse de plus en plus de retraités vivre dans la précarité : "On prend de l'argent à ceux qui n'ont même pas le minimum. On devrait tous avoir le minimum. Marisol Touraine (Ministre des Affaires sociales, de la Santé, et des Droits des Femmes) a dit que la retraite en dessous de 1 200 euros, c'est précaire. J'en suis loin. Mais que deviennent ceux qui ont encore moins ? Les prix augmentent, mais pas les retraites. Déjà que c'était difficile, ça le devient encore plus". Surtout, elle n'en demande pas tant : "1 000 euros, déjà, ça serait bien. Avec tout ce que j'ai travaillé au cours de ma vie, ce serait normal d'ailleurs. Je ne demande pas le SMIC, même si ça ne serait pas trop. 1 000 euros, de façon à pouvoir vivre, une fois le loyer et les cotisations payés, avec à peu près 700 euros par mois. Ça permettrait de s'offrir quelques petites choses" ajoute-t-elle. Pour l'instant bien installée dans son deux pièces à quelques encablures du centre-ville niçois, ce petit bout de femme, plein d'enthousiasme, de générosité et de courage rêve d'ailleurs, et envisage l'avenir sous d'autres horizons : "Je veux trouver autre chose, quitter cette ville. Je rêve de partir à l'étranger, voir comment ça se passe". Quand elle sera dans son prochain logement, Martine compte donc s'éclipser, quelques mois par ans, pour profiter de la vie, là, forcément, où elle sera moins chère. Qu'importent les sacrifices, elle y est déjà habituée. Comme elle, ils sont 10% des retraités à vivre en France sous le seuil de pauvreté.

* Le prénom a été changé  #Gouvernement