Lisle-sur-Tarn, petite ville tarnaise (Midi-Pyrénées) de quelques 4 000 habitants, à proximité de Sivens. C'est le théâtre de multiples affrontements depuis les manifestations d'octobre 2014 contre le fameux barrage. Un mouvement qui a eu une issue dramatique avec la mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade lancée par les gendarmes. Si le calme est peu à peu revenu, la tension a repris son chemin. Des agriculteurs, pro-barrage, ont ainsi bloqué les entrées du site de Sivens empêchant le ravitaillement des "zadistes" (ndlr : de ZAD, Zone à Défendre), mercredi.

Manifestations interdites à Albi

Les vieux démons ressurgissent. Mis à mal après la mort tragique de Rémi Fraisse le 26 octobre, le gouvernement veut à tout prix apaiser la situation dans le Tarn. À tel point que le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve a décidé d'interdire les manifestations prévues par les pro et les anti-barrage, ce vendredi à Albi. "J'ai donné instruction au préfet que cette manifestation ne soit pas autorisée compte tenu des risques graves auxquels s'exposeraient les manifestants, pour leur intégrité physique et du climat de violence." Et il ne croit pas si bien dire. Depuis le début de semaine, les fédérations départementales de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) ont installé un blocus près de la ZAD afin de protester contre l'occupation continue du site. Quelques 150 agriculteurs ont, mercredi, pénétré dans la zone afin d'y détruire les constructions des zadistes. Une centaine de gendarmes a dû s'interposer entre les deux camps. Jeudi, une quarantaine d'agriculteurs a bloqué la RD 988 à Saint-Sulpice avec une vingtaine de tracteurs.

Appels au calme en rafale

De même, les responsables syndicaux ont tenu à calmer la situation. Le président de la FNSEA, Xavier Beulin, a appelé les agriculteurs "au calme et à la responsabilité." Ce dernier affirme que "des rassemblements massifs et des confrontations" sont à prévoir. "Ce n'est pas aux agriculteurs de faire évacuer la zone, estime le président de la FNSEA. C'est à la puissance publique de tout mettre en oeuvre si la décision est positive demain." Le Collectif Testet, regroupant des opposants au barrage, ne l'entend pas ainsi. Il demande au gouvernement "de faire cesser le blocus de la ZAD et les violences commises par les FDSEA/JA (Ndlr : Jeunes Agriculteurs) contre des citoyens ayant montré la pertinence de leur combat d'intérêt général, dénonce un communiqué. L'attitude extrémiste de la FNSEA veut poursuivre un modèle agricole productiviste qui ne survit plus qu'avec les subventions publiques."

Pression sur le conseil général du Tarn

Face à cette situation d'urgence, autant dire que le conseil général du Tarn doit débattre avec l'épée de Damoclès au-dessus de la tête, ce vendredi. Deux choix sont imposés par la ministre de l'Écologie, Ségolène Royal : la réduction du barrage ou un éventail d'ouvrages permettant d'éviter la construction d'un barrage sur la rivière. La première solution laisserait ainsi 7 hectares de zones humides à l'écart, soit un peu plus de la moitié de la surface initialement prévue. La seconde prévoit une retenue latérale de 300 000 mètres carrés. Oui, mais… dans les deux cas, ni les zadistes, ni les agriculteurs ne seraient satisfaits. Le casse-tête promet d'être épineux.

En mettant une telle pression, les agriculteurs tentent de faire pencher la balance de leur côté. Espérant toujours la réalisation du projet de barrage afin d'obtenir une importante irrigation pour leurs cultures, ils essaient de démotiver les "zadistes" installés depuis plusieurs mois. #Agriculture