Ce dimanche, lors d'une visite commémorative à l'ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof, #François Hollande a profité de l'évènement pour rappeler certaines des atrocités de la dernière guerre.

« Le mal n'a pas disparu. Il a pris de nouvelles couleurs […] Le pire peut toujours arriver. Le savoir doit nous permettre de l'éviter […] Il ne faut rien oublier », a-t-il déclaré.

Cela part de bons sentiments et, dans ces circonstances, en tant que Président de la République Française, il ne pouvait dire autre chose. Tous ses mots, à la virgule près, étaient attendus par tous. C'est bien là le problème. François Hollande, sincère ou pas, joue pleinement son rôle, et ceux qui l'écoutent, attendent qu'il le fasse.

« Il ne faut rien oublier », a-t-il dit. Les commémorations sont faites pour ça. Depuis que les guerres existent, vainqueurs et vaincus n'arrêtent pas de commémorer leurs morts ou leurs héros. Toutes les armées du monde y puisent leur énergie, leurs motivations pour les guerres suivantes. Quel peuple n'a pas envie de vénérer ses héros ? Quel humain n'est pas enclin à honorer la mémoire d'un proche disparu, surtout si cette disparition s'est faite dans des conditions dramatiques ? Mais, le revers de la médaille, c'est que ces cérémonies collectives ont tendance à entretenir la haine, les désirs de vengeance, ou un sentiment d'invincibilité pour les vainqueurs, et, dans tous les cas, les germes des guerres futures.

Se souvenir, oui, mais seulement pour éclairer l'avenir. Pour cela, se souvenir des douleurs ne suffit pas à conjurer les douleurs futures, s'il n'y a pas une recherche approfondie de leurs causes. Le souvenir n'apprend rien, puisqu'on savait déjà, seule la réflexion sur ce souvenir apporte quelque chose de nouveau et permet d'avancer. Ceux qui sont atteints de syndrome dépressif ont souvent tendance à ressasser les problèmes passés qui les poussent à tourner en rond autour d'eux-mêmes jusqu'à vouloir, pour certains, s'annihiler, faute de trouver la porte de sortie du cercle infernal. Nos sociétés sont-elles devenues dépressives ?

La porte de sortie, c'est la compréhension des causes du mal. Ces mêmes causes, que les officiels disent combattre aujourd'hui, sont actuellement en action en Ukraine et ailleurs dans le monde et auront les mêmes effets que naguère. Il faut avoir une certaine dose de myopie doublée d'une mauvaise foi phénoménale pour voir aujourd'hui en France des prémices de camps de concentration et ne pas les voir en Ukraine. Dans quelques années, d'autres officiels se réuniront pour commémorer la mémoire de ceux qui auront souffert dans ce pays, en répétant des « plus jamais ça » vides de sens. Leur incompréhension ou leur refus de comprendre serait un moindre mal s'ils ne s'en servaient pas pour mieux maîtriser leurs populations en les maintenant dans le sale climat émotionnel de vindicte créé par ces commémorations.

Non, le mal n'a pas disparu, comme le dit si bien Hollande, mais il ne se trouve certainement pas là où il croit le voir. Le mal, c'est avant tout le refus de voir où il se cache et de le reconnaître quand on le voit, ou de le voir là où il n'est pas. Quant à l'oubli que le président veut nous éviter, qu'il le sache, c'est une bataille perdue d'avance.

« Le temps fait oublier les douleurs, éteint les vengeances, apaise la colère et étouffe la haine; alors le passé est comme s'il n'eût jamais existé ».

Ibn Sina dit Avicenne #Union Européenne #Histoire