C'est bien connu : les Français et les Québécois sont souvent considérés comme des « cousins ». Pourtant, en matière de #Grève, ils n'ont pas le même profil...

Et ce n'est pas la journaliste québécoise Camille Masbourian qui dira le contraire : « On a généralement l'impression, possiblement avec raison, que les Français sont toujours en grève pour une raison ou pour une autre. Dès que quelque chose ne fait pas leur affaire, ils sont en grève. Puisque les Québécois sont loin d'être comme ça, poursuit Camille, ils perçoivent souvent les Français comme des "chialeux", des gens qui se plaignent tout le temps. »

Les grèves françaises, trop fréquentes, manqueraient-elles de crédibilité à l'étranger ? C'est un risque, comme l'explique Camille Masbourian : « Si la grève devient la norme, elle ne fera pas la manchette tous les jours. Cependant, je pense qu'on comprend assez vite lorsqu'il s'agit d'une "vraie" grève, qui peut avoir un impact réel ».

Pour cette journaliste québécoise, il ne s'agit en aucun cas d'un reproche. « Je pense que chaque pays, ou chaque peuple a sa manière de dire ce qui ne lui plait pas. Les Québécois, eux, font du "chialage" inutile. Quand il s'agit de se plaindre dans leur salon, ils sont des champions », avoue-t-elle. En effet, si la grève est un « réflexe » courant en France, au Québec, nombreux sont ceux qui se plaignent mais peu sont ceux qui agissent pour faire changer les choses.

Lorsqu'enfin les Québécois franchissent le cap d'organiser une manifestation, c'est généralement parce qu'ils n'ont pas d'autre choix. « Les Québécois ne sont pas du genre à aller dénoncer quelque chose qui les dérange. Lorsqu'ils en sont rendus à faire la grève, c'est qu'ils vivent une "écoeurantite aigue". Il faut vraiment être à bout de ressources et d'énergie. C'est le dernier des moyens. En revanche, lorsqu'ils décident de passer à l'action, ils n'ont pas besoin d'insister pour convaincre ceux qui sont dans la même situation de les rejoindre dans la rue », analyse Camille.

Marc-Olivier Gingras, étudiant à l'université, préfère nuancer ce propos : « Les Québécois sont facilement mobilisables dans la mesure où la manifestation est bien communiquée, qu'elle semble pertinente, pacfique et préparée d'avance ».

Enfin, la grande différence entre le Québec et la France réside dans la position des syndicats. « Au Québec, ce sont les citoyens (étudiants, salariés, etc.) qui mobilisent les syndicats », précise Marc-Olivier. Tandis qu'en France, les syndicats sont bien souvent à l'initiative des grève. Ils réalisent le plus gros du travail de mobilisation. Par ailleurs, ils sont souvent obligés de se rassembler, de s'unir, de multiplier les tracts et les appels à la grève pour assurer un minimum de mobilisation des citoyens, au risque sinon de voir leur grève peu suivie et par conséquent, de manquer de crédibilité.

Enfin, n'allez pas croire que le Québec détient la recette infaillible de la grève à succès. Marc-Olivier reconnait que « ce ne sont pas toutes les grèves qui ont eu un impact. Si les mouvements de 2005 et 2012 (contre la hausse des frais de scolarité) ont eu du succès, cela n'a pas été le cas des manifestations de 2007 et de 2015. En cause, un manque de mobilisation et une mauvaise stratégie ».