Ce dimanche, jour de Pâques, des milliers d'enfants chercheront du chocolat aux quatre coins de leur jardin, se prêtant au jeu de la chasse aux oeufs. Une tradition que les Français prennent plaisir à perpétrer d'année en année, mais savez-vous d'où vient cette coutume ? Pourquoi l'oeuf, le lapin ou la cloche en chocolat sont-ils les symboles de Pâques ? Explications.

L'oeuf, symbole de fécondité

À l'origine, Pâques était une simple fête païenne qui célébrait l'arrivée du printemps et symbolisait la renaissance. Ainsi, dans l'Antiquité, les Perses et les Egyptiens s'échangeaient des oeufs, symboles de la fécondité et du renouveau, en guise de porte-bonheur. Attention, à cette époque, il ne s'échangeaient pas d'oeufs en chocolat. Ils s'offraient de vrais oeufs.

Par la suite, Pâques est devenue une fête chrétienne, au cours de laquelle les fidèles commémoraient la résurrection du Christ. À l'époque du Moyen Âge, il était interdit de consommer des oeufs durant le carême. Il fallait donc attendre la fin des quarante jours de jeûne pour manger tous ceux qui s'étaient accumulés dans les foyers, ce qui explique pourquoi l'oeuf est aujourd'hui un symbole indissociable de Pâques. Là encore, on ne parlait pas d'oeuf en chocolat.

Dès le treizième siècle, les fidèles ont commencé à peindre et à décorer les oeufs, souvent en rouge pour symboliser le sang du Christ. Les plus riches les ornaient parfois avec des pierres et des dorures, avant de les offrir à leurs proches. Cette tradition chrétienne est toujours très suivie en Europe de l'Est.

Il faudra attendre le XIXe siècle pour que les premières sucreries et oeufs en chocolat remplacent peu à peu les vrais oeufs. Il s'agit là d'une simple dérive commerciale.

Et les cloches ?

La tradition chrétienne interdit de faire sonner les cloches des églises le jeudi Saint et les trois jours qui suivent, en signe de deuil. Lorsqu'elles sonnent à nouveau, le lundi de Pâques, elles annoncent la résurrection du Christ, un moment très fort pour les croyants, ce qui explique qu'aujourd'hui la cloche est restée un symbole pascal.

Une seconde histoire, plus romancée, veut que les cloches partent à Rome se faire bénir par le Pape et qu'à leur retour, elles déposent des oeufs dans le jardin des enfants.

Alors oeuf, cloche ou lapin ?

La tradition varie en fonction des pays et des régions. En Allemagne et dans les pays anglo-saxons, par exemple, la coutume veut que ce soit le lapin qui apporte les oeufs. Il est le symbole de la fécondité. Aux État-Unis, en Alsace et en Lorraine, c'est le lièvre qui s'occupe de cacher les oeufs dans le jardin des enfants. Dans le reste des régions françaises, on trouve aussi bien des oeufs, des poules, des cloches et des lapins.

De plus en plus, les artisans chocolatiers tentent d'innover en proposant de nouvelles formes de chocolat, mais les Français restent très attachés aux traditions et se laissent difficilement tenter par un clown ou un singe en chocolat.

Noël détrône Pâques

Bien que le chocolat soit aujourd'hui un produit indissociable de Pâques, c'est à Noël que les Français consomment le plus de chocolat. « Il se consomme beaucoup plus de chocolat à Noël car non seulement on offre plus de chocolat, mais on en achète aussi pour soi. Et puis c'est une période où il fait généralement plus froid, les gens ont besoin de se réconforter. Les ventes de chocolat sont très liées à la météo. En revanche, à Pâques, le chocolat est surtout offert aux enfants, moins aux adultes. De plus, il fait souvent plus chaud, donc les ventes s'en ressentent », explique Franck Vidal, directeur de la Cité du Chocolat*, avant d'ajouter : « Pour Pâques, les Français achètent surtout du chocolat blanc ou du chocolat au lait. Il est plus doux, moins amer et plait davantage aux enfants ».

Les Français moins gourmands que leurs voisins

En 2014, d'après les chiffres du Syndicat du chocolat, les Français ont consommé 14 940 tonnes de chocolat à Pâques, contre 33 290 tonnes à Noël. En moyenne, un Français mange environ 6,5 kg de chocolat par année. Ce n'est pas beaucoup si l'on compare à ses voisins européens. Les Allemands en consomment plus de 12 kg chacun, les Anglais 8,8 kg et les Belges 7,5 kg chacun.

Le chocolat dans tous les plats

Aujourd'hui, une nouvelle tendance consiste à intégrer le chocolat autant dans des plats et des confiseries sucrées, que dans des mets salés. Surprenant ? Pas vraiment, nous dit Franck Vidal : « À l'origine, les aztèques ne sucraient jamais le chocolat. C'était une boisson épicée qui n'était pas associée à la gourmandise comme chez nous. D'ailleurs aujourd'hui, Valrhona propose un chocolat aux notes salées et épicées ».

De son côté, Frédéric Bau, créateur de l'École du Grand Chocolat Valrhona et propriétaire du restaurant Umia à Tain-l'Hermitage, propose régulièrement des repas tout chocolat à ses clients. En France, il a été l'un des premiers chefs à oser conjuguer le chocolat à la cuisine salée.

Des traditions moins gourmandes

Lundi prochain, si la fête de Pâques sera célébrée dans de nombreux pays par les fidèles, tout le monde ne dégustera pas de chocolat. Certaines populations perpétuent des traditions bien différentes.

Au Nicaragua, par exemple, les fidèles mangent de l'iguane pour compenser l'interdiction de consommer de la viande le vendredi Saint. En Roumanie, la tradition consiste à écraser un oeuf dur peint, sur son voisin. Le perdant est celui dont la coquille est la moins résistante. Les Grecs, eux, se réunissent autour d'un plat de tripes dans lequel flottent le coeur et le poumon de l'agneau pascal.

Au Salvador, des hommes déguisés en diable arpentent les rues et donnent des coups de fouet dans le dos des gens pour symboliser la lutte de Jésus Christ contre la tentation.

Enfin, en Australie, Pâques est l'occasion de mettre à l'honneur le bilby, un marsupial à grandes oreilles en voie de disparition. Les Australiens profitent de cette journée pour récolter des fonds pour sa protection.

* La Cité du Chocolat se situe à Tain-l'Hermitage, dans la Drôme. #Gastronomie