Blasting News : L'intersyndicale appelle à la grève et à la manifestation contre l'austérité. Qu'est-ce qui a motivé les syndicats à descendre dans la rue ?

Michelle Biaggi : Le Smic qui n'augmente pas donc des salaires gelés dans le privé ; des salaires gelés dans la fonction publique aussi puisque le point d'indice n'augmente pas. Des cadeaux qui sont faits aux entreprises (notamment les exonérations) ; le chômage qui ne baisse pas... Face à ces constats, nous avions décidé de lancer un mouvement de grève interprofessionnelle, dans le public comme dans le privé. À partir de là, nous avons invité toutes les organisations syndicales. La CGC, la CFTC et la CFDT n'ont pas répondu à l'invitation. Chacun voit midi à sa porte.

BN : La CFDT n'a pas répondu présente. Son secrétaire général, Laurent Berger, affirme que la France n'est pas en austérité. Qu'en pensez-vous ?

Quand Laurent Berger dit qu'il n'y a pas d'austérité dans le pays, il faut voir comment les gens vivent ! Des salaires qui sont réduits, du chômage qui continue à augmenter puisqu'on annonce des suppressions d'emploi dans le textile mais aussi dans les hôpitaux de Marseille, tous les pans d'activité de ce pays sont touchés. Partant de là, nous, nous avons estimé qu'il fallait faire #Grève mais les autres seront comptables devant leurs adhérents.

Si des gens pensent qu'il n'y a pas d'austérité dans ce pays, pourquoi y-a-t-il autant de personnes au chômage ? Pourquoi y-a-t-il autant de gens qui sont dans la difficulté ? On peut m'expliquer ? Si toutes les associations qui viennent en aide aux gens sont de plus en plus sollicitées, c'est bien parce qu'il y a un problème.

BN : Le syndicat Force Ouvrière reproche beaucoup de choses à la loi Macron. Selon vous, que faut-il faire aujourd'hui pour redonner du pouvoir d'achat aux Français ?

Pour redonner du pouvoir d'achat aux Français, il faut relancer la croissance. Pour relancer la croissance, il faut déjà pouvoir consommer. Quand on n'a plus d'argent, on a tendance à garder ce qu'on et peut-être même à en mettre un peu de côté si les temps deviennent encore plus difficiles, donc on n'a pas tendance à dépenser. Par conséquent, si vous ne dépensez pas, les entreprises ne produisent pas.

Il faut d'abord commencer par augmenter les salaires. Cela inciterait les gens à consommer davantage et les entreprises à refaire des produits, du stock. Et ce n'est pas en ouvrant les magasins le dimanche, par exemple, que les gens vont dépenser plus. Ce qui sera dépensé le dimanche ne sera pas dépensé dans la semaine.

BN : Certains voient cette grève interprofessionnelle comme une grève « fourre-tout ». Ne craignez-vous pas de nuire à la visibilité de chaque revendication ?

Non je ne crois pas. Quand on fait des mots d'ordre, on les assorti de quelques explications mais en réalité, toutes les professions partagent les mêmes revendications : les augmentations de salaires dans le public comme dans le privé ; l'amélioration des conditions de travail, parce qu'aujourd'hui dans beaucoup d'endroits les heures supplémentaires ne sont pas payées, les gens ne sont pas remplacés ; la création de vrais emplois, parce qu'aujourd'hui il y a beaucoup d'emplois aidés qui permettent aux employeurs d'utiliser des gens quand ils en ont besoin et de les jeter après. Cette grève concerne toutes les professions, tous les secteurs.

BN : Comment va se dérouler la manifestation ?

Il y a une manifestation à Paris, qui pour la CGT est une manifestation nationale. Leurs adhérents feront donc le déplacement à Paris. Pour Force Ouvrière, il s'agit d'une manifestation régionale mais il y a quand même 34 sections départementales qui se déplaceront dans la capitale. Autrement dit, certains se rassemblent à Paris et prévoient des manifestations locales en parallèle. J'espère que nous serons au moins 150 000 dans les rues parisiennes.