1984, c'est le roman le plus célèbre de George Orwell. Dans cette oeuvre d'anticipation, l'auteur britannique peint une société au régime policier et totalitaire, marquée une surveillance de tous les instants, et une réduction des libertés. Une référence, à l'heure où l'Assemblée nationale doit voter, ce mardi, le projet de #Loi sur le renseignement, qui prévoit une surveillance accrue des citoyens français. Concrètement, le texte vient légaliser des méthodes parfois déjà utilisées pour justifier la surveillance dans divers domaines, de la prévention terroriste à la défense nationale en passant par le crime organisé. Une Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), sera en charge du contrôle de cette surveillance. Objectif principal des différents dispositifs : la détection automatique de comportements spécifiques. La loi doit ainsi faciliter l'accès aux e-mails, les poses de balises GPS sur les véhicules et de micros et de caméras dans des lieux privés ou encore l'utilisation d'un logiciel dit "espion" pour suivre de près l'activité informatique d'un suspect. Surtout, les opérateurs privés, comme les sites ou les fournisseurs d'accès à Internet, devront désormais "détecter, par un traitement automatique, une succession suspecte de données de connexion" comme le précise le texte.


Pression sur les députés


Hier, les opposants au texte ont mené une série d'actions pour dire non à cette loi, baptisant cette journée de résistance "24h avant 1984". Dès les premières heures de la matinée, militants d'Europe Écologie Les Verts, associations et organisations comme Amnesty International ou la Quadrature du Net (association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet) et autres opposants se sont retrouvés au Tank dans le 11ème arrondissement de Paris pour faire pression sur les députés qui valideront ou non le texte de loi. Pendant plusieurs heures, ils ont ainsi appelé autant de députés que possible pour les convaincre de s'opposer à la loi sur le renseignement. Au mur, les militants ont affiché les photos des 577 représentants français à l'Assemblée nationale, et au fur et à mesure de la matinée, des post-it sont venus commenter les réactions des députés : Michel Piron, de l'UDI, se pose des questions, Jean Lassale, vice-président du MoDem, bascule dans les opposants au projet, d'autres ne répondent pas. Au total, vingt députés auraient été acquis à la cause des résistants. Sur place, dans la salle baptisée "war room" pour l'occasion, Julien Bayou, porte-parole d'EELV, imprime le rythme et montre l'exemple, téléphone en main, imitée par la députée européenne Eva Joly : "Le projet de loi sur le renseignement est une loi scélérate. On a tous quelque chose à perdre" insiste-t-elle. Pour les militants mobilisés aujourd'hui, il s'agit surtout de sensibiliser les députés pour saisir le Conseil Constitutionnel.


Un grand rassemblement aux Invalides


Cette journée de résistance s'est poursuivie dans l'après-midi sur l'esplanade des Invalides à Paris, où plusieurs centaines de personnes ont répondu à l'appel des différentes associations et organisations politiques déterminées à dire non au projet de loi. Malgré la pluie, et les prévisions orageuses, ils sont venus se battre à coup de slogans contre ce texte jugé liberticide : "Je suis sur écoute ", "#Unfollowme", "Halte à la surveillance généralisée" ou encore "1984 n'était pas censé être un mode d'emploi". Dans la foule, Julien Bayou continue sa journée marathon : " Ce projet de loi est idéologique, il est dangereux pour les libertés, il est potentiellement contre-productif pour notre sécurité, puisqu'en ce qui concerne la lutte contre le #Terrorisme, il multipliera les fausses pistes alors que les renseignements ont déjà du mal à suivre des personnes déjà dans leur radar", souligne-t-il à notre micro, avant de prendre la parole devant l'ensemble des personnes réunies. Un avis partagé par Thomas Guénolé, politologue à l'initiative d'une pétition contre la loi sur le renseignement : "Aux États-Unis, après le Patriot Act, sur 127 complots déjoués, un seul l'a été grâce à ces méthodes invasives de la NSA". Christopher Talib, chargé de campagne à la Quadrature du Net, enfonce le clou : "Au nom de la lutte contre le terrorisme, on instaure une surveillance généralisée des citoyens, et particulièrement de leurs activités sur Internet. On légalise, sans questionnement, ni débat, ni accord d'un juge, des pratiques intrusives de renseignement. C'est impensable dans une démocratie". Et d'ajouter : "C'est une loi sur le renseignement, et on nous la vend comme une loi sur le terrorisme, au nom de la peur, de la grande menace terroriste. La loi s'applique à des domaines beaucoup plus larges. Mettre tout le monde sous surveillance, on la vu aux États-Unis, n'empêche ni le crime, ni les violences, ni les attentats". Malgré de nombreux détracteurs, qui s'insurgent contre un texte liberticide, il semble ne faire aucun doute que la loi sur le renseignement sera adoptée ce mardi. Elle sera ensuite examinée au Sénat.