Les membres du journal satirique Charlie Hebdo semblent être les cibles choisies par des individus tirant vers un islam radical. Depuis les attentats du 7 janvier dernier, ayant provoqué la mort de 12 personnes dont 8 travaillaient au sein de la rédaction, les survivants ne cessent de recevoir des menaces. Parmi ceux-ci, le nouveau directeur Laurent Sourrisseau, plus communément appelé Riss.

Cette affaire vient de surgir dans les médias. En effet, elle a été traitée dans la plus grande discrétion par les autorités. Les 12 et 13 mai dernier, deux individus auraient rôdé à proximité du domicile de Riss, prenant en photo par le biais d'un smartphone l'entrée de l'immeuble, selon les informations révélées par Le Parisien.

Les policiers, intrigués, ont récolté divers témoignages et ouvert une enquête. Cette dernière a mené à l'identification des deux suspects. Le premier a vraisemblablement un casier judiciaire contenant une vingtaine de condamnations. Mais le plus préoccupant est le deuxième individu. Celui-ci a effectivement un casier judiciaire encore plus fourni, mais aussi et surtout, il serait proche d'une mouvance islamiste radicale. Pire encore, l'homme serait fiché "S" par une fiche de sûreté de l'Etat, ce qui permet la mise sous surveillance d'un individu.

Les suspects ont donc été entendus il y a de cela quelques jours, dans le cadre d'une audition libre. Ils ont tout nié en bloc. Selon eux, ils n'ont pas pris de tels clichés, et ne se connaissent même pas. En ce qui concerne leur présence à proximité du domicile de Riss, le premier aurait affirmé être passé par là par hasard tandis que le second a expliqué avoir accompagné une connaissance chez un praticien.

Les deux hommes sont ressortis libres, mais le doute persiste… Les autorités se montrent très prudentes étant donné la menace terroriste qui plane sur la France, particulièrement à cause de la montée du groupuscule Etat islamique en Irak et en Syrie, et particulièrement depuis le double attentat perpétré en janvier dernier, considéré comme une atteinte à la liberté d'expression et d'opinion.

La menace terroriste en France, selon Jean-Charles Brisard (président du Centre d'analyse du terrorisme)

La menace terroriste pèse donc toujours sur la France. Pendant ce temps, tout est mis en œuvre pour tenter d'y remédier. Cependant, elle stagne tristement, et les données font encore peur à l'heure actuelle. Jean-Charles Brisard, président du Centre d'analyse du #Terrorisme, fait le point avec nous sur la situation au sein du territoire français.

"La menace est double aujourd'hui en France, et nous l'avons bien constaté à l'occasion des attentats de Paris. Il y a à la fois des réseaux anciens qui perdurent et constituent une menace latente en France. Des personnes ont par exemple été au contact d'organisations telles qu'Al-Qaida et qui sont susceptibles de poser un problème de sécurité. On a vu ce problème notamment avec les frères Kouachi", explique Jean-Charles Brisard.

À côté de cela, il y a un phénomène nouveau de part son ampleur, celui jihadiste: "Aujourd'hui, il y a quelques 1.700 personnes impliquées dans les réseaux jihadistes en Syrie ou en Irak. Près de 500 combattent sur place, d'autres sont impliquées dans des filières de recrutement ici en France, il y a des sympathisants susceptibles de passer à l'action".

Au final, une forte pression est exercée par cette menace ancienne et nouvelle, et pose des problèmes en termes de sécurité en France. "La menace terroriste est beaucoup plus importante aujourd'hui, et cela va de même pour le nombre d'attentats commis et déjoués", explique le président du Centre d'analyse du terrorisme.

La montée en puissance des groupuscules islamistes radicaux dans le monde arabe semble par ailleurs avoir une influence en France. Des individus, encouragés par la portée de ces groupes, trouvent une forme de légitimité pour exercer ce type d'actes. "Ces groupuscules radicaux, par le biais de leur propagande, incitent à passer à l'action", explique-t-il.

Pour contrer cette menace, diverses actions sont menées. Tout d'abord celle militaire. Ensuite, il s'agit d'essayer d'empêcher les individus qui pourraient se radicaliser de quitter le territoire français, mais aussi contrôler le retour de ces personnes parties dans des pays tels que l'Irak ou la Syrie. Enfin, il s'agit de lutter contre la radicalisation. "Le phénomène de radicalisation est très important à l'heure actuelle, et nettement amplifié par le biais d'internet. Empêcher cette radicalisation est un travail très compliqué et de longue haleine. Cela se fait via un contre discours qui contre les arguments développés par la propagande islamiste radicale, ou via un dialogue. Mais l'essentiel finalement est de pouvoir détecter la radicalisation, et il est très difficile de percevoir ce basculement. Tout le travail consiste à tenter d'identifier cela et à ce moment-là, prendre en charge les personnes pour les convaincre de ne pas emprunter ce chemin qui pourrait les mener à un moment donné vers la mort".

"Les différents paramètres qui englobent le terrorisme lié à l'islamisme radical montrent que la tendance des personnes à quitter la France pour faire le #Jihad et rejoindre des groupuscules radicaux ne ralentit pas. Et cela est démontré aussi par l'extension du conflit dans le monde arabe. Les mesures militaires mises en œuvre ne sont clairement pas suffisantes pour réduire la capacité opérationnelle des groupes terroristes. Ce qui nous incite à réfléchir à de nouvelles méthodes et à de nouveaux moyens", conclut Jean-Charles Brisard. #Charlie Hebdo