Loi Taubira, une reconnaissance tardive

C'est en 2001 avec l'adoption de la loi Taubira que la France reconnaît officiellement « la traite transatlantique et l'#Esclavage », acceptant ainsi un chapitre de son histoire, jusque là resté dans l'ombre. Le 10 mai 2001, le Sénat adopte en première lecture la loi reconnaissant la traite et l'esclavage comme des crimes contre l'humanité.

En janvier 2006, Jacques Chirac, alors président de la République affirme sa volonté d'intégrer dans l'histoire nationale la mémoire « longtemps refoulée » de la traite des noirs. Il choisi la date du 10 mai pour instaurer la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions.

Au-delà du caractère symbolique, cette initiative politique avait aussi pour objectif de mettre en place une réflexion globale autour de la mémoire de l'esclavage, alors à construire. La création d'un Comité pour l'histoire et la mémoire de l'esclavage en est le meilleur exemple. Chargé de proposer sur l'ensemble du territoire national des actions visant à garantir le devoir de mémoire et saluant la journée du 10 mai comme « l'aboutissement des luttes contre l'oubli et le silence », le comité rend hommage, dès sa création aux « luttes commencées par les esclaves, les premiers abolitionnistes, et poursuivies par les mouvements anti-esclavagistes ».

Mais si l'heure est aujourd'hui à la reconnaissance, le chemin a été long et tortueux. Il aura fallu plus d'un siècle et demi après l'abolition de l'esclavage de 1848 pour que la traite négrière française soit enfin reconnue par les instances politiques et que l'histoire sombre des siècles passés soit assumée.

Traite des noirs et colonisation : trois siècles d'histoire française

C'est en 1674, sous le règne de Louis XIV que débute officiellement la traite négrière française. Etroitement liée à l'histoire de la colonisation, elle s'est rapidement institutionnalisée pour devenir l'une des plus grandes sources de revenus de l'Etat. Avec la création de la Compagnie du Sénégal en 1673, la monarchie qui fonctionnait jusqu'alors en commerce direct avec les Antilles, participe au commerce triangulaire qui lui permet d'avoir accès à une main d'œuvre servile et bon marché. Pour encadrer et réglementer le nouveau système mis en place, Colbert promulgue le code noir qui sera mis en application dès 1685. Ce code qui assimile les esclaves à des « meubles », permettant ainsi de les vendre, de les acheter et même de les transmettre en héritage scelle ainsi le destin de plusieurs millions d'Africains.

Depuis, les remous historiques de la France auraient pu être prétextes à une abolition de l'esclavage. Mais ni le Siècle des Lumières et ses philosophes éclairés ni la Révolution de 1789 n'auront raison de cette tradition. Bien au contraire, les ports de France deviennent, doucement mais sûrement, les plaques tournantes d'un commerce d'êtres humains très fructueux. Si la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 aboli l'esclavage sur le papier, la réalité n'est pas à la hauteur du symbole car les Antilles en sont exclues. L'arrivée de Napoléon au pouvoir annule même toute tentative puisque celui-ci, qui n'est pas encore Empereur, rétablit l'esclavage et la traite en mai 1802.

Il faudra attendre la proclamation de la deuxième République en 1848 pour que l'abolition de l'esclavage soit proclamée dans toutes les colonies françaises et que celle-ci soit inscrite dans la Constitution. L'article 6 précise alors que « L'esclavage ne peut exister sur aucune terre française ».

Une mémoire négrière en construction

Nicolas Sarkozy et #François Hollande ont poursuivi tous deux le travail de mémoire enclenché par leur prédécesseur, brandissant la carte de « la cohésion nationale » à chaque discours officiel. Cette année, François Hollande a choisi les Antilles pour fêter les trois ans de son mandat présidentiel. Il profitera de son passage en Guadeloupe pour inaugurer l'ouverture du mémorial ACTe, le centre caribéen d'expressions et de mémoire de la traite et de l'esclavage. Si la présence de François Hollande aux Antilles tombe à pic en cette journée de commémoration, elle n'en est pas moins politique et ressemble étrangement à un début de pré-campagne.