Traits d'Union est une association de défense pour l'égalité des droits des personnes LGBT, située dans l'Yonne. Fabrice Donat, son président, déplore en cette journée internationale contre l'#Homophobie que des actes homophobes soient encore et toujours perpétrés à l'encontre des homosexuels. Selon lui, le jour où l'homophobie disparaîtra de la terre est encore très loin…

Blasting News: Qu'est-ce que l'homophobie en France?

Fabrice Donat: Le degré d'homophobie est énorme selon moi… Mais finalement, quel que soit le niveau de l'homophobie, cela sera toujours trop. Il y a des agressions à caractère homophobe, des insultes, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la rue. Et parfois, cela va bien plus loin! Même si l'on arrive à lutter, cela ne devrait pas exister. Les homosexuels sont des personnes comme tout le monde. Nous demandons simplement le droit d'être reconnus.

Existe-t-il des données chiffrées du nombre d'homosexuels victimes d'homophobie en France?

Alors là… Pas vraiment, car c'est assez compliqué. Tout le monde ne va pas déposer plainte. Toute personne qui va se faire agresser tant verbalement que physiquement a cette crainte de s'en référer à la police. La plupart du temps, soit nous nous faisons remballer des commissariats ou des gendarmeries, car, pour ma part, les fonctionnaires ne sont pas toujours assez formés à accueillir un public qui s'est fait agresser pour homophobie. Soit on prend leur déposition mais cela ne mènera strictement à rien.

Actuellement en France, quels sont les droits des homosexuels?

Le mariage est légal depuis 2013. Ensuite, nous avons théoriquement les mêmes droits que tout le monde… En ce qui concerne l'adoption, nous y avons droit mais cela est tout de même fastidieux au niveau des procédures. Il est déjà compliqué d'adopter pour un couple hétérosexuel, mais alors pour un couple homosexuel, c'est encore pire! Il y a des tracas administratifs, et/ou juridiques. Il y a des réticences, notamment de la part des juges qui ne veulent parfois pas prendre la décision d'accorder ou non l'adoption à un couple homosexuel. La GPA (gestation pour autrui) est par contre interdite, mais se pratique tout de même… Car à l'heure actuelle, il n'y a pas beaucoup d'autres solutions.

Pour ce qui est des transsexuels, ils connaissent énormément de difficultés à faire reconnaître leurs droits, pour modifier leurs papiers selon le changement de sexe, par exemple. Il s'agit encore d'un combat à mener, qui a été oublié lors de la loi du mariage pour tous. Ils ont clairement été mis de côté… Il faut donc maintenant se battre pour eux, pour faire avancer les choses.

Votre association existe depuis 2012… Depuis combien de temps êtes vous personnellement un militant pour défendre les droits des personnes LGBT?

Depuis tout jeune, j'ai l'âme militante pour défendre nos droits. J'ai aujourd'hui 48 ans. Je suis d'une génération où c'était assez compliqué, et d'ailleurs mes parents n'ont jamais accepté mon homosexualité, à l'époque et encore aujourd'hui. Je trouve qu'à l'heure actuelle, les personnes qui ont l'âge que j'avais à ce moment-là ont davantage de possibilités en ce qui concerne le soutien et l'aide, qu'à l'époque, dans les années 80.

Vous qui avez traversé ces années, quelle évolution avez-vous remarquée?

J'ai constaté que l'homophobie a toujours existé et qu'elle existera toujours, malheureusement. En 2013, lors de la loi du mariage pour tous, cette homophobie s'est davantage manifestée, a été mise en lumière. Jusqu'alors, elle était un peu endormie, où, du moins, on en parlait pas trop, elle se faisait plus "discrète". Mais l'homophobie n'est pas quelque chose de nouveau et a réellement été montrée au grand jour à cette période-là en France.

Avez-vous constaté une augmentation du nombre d'associations qui militent en faveur des droits des homosexuels?

Oui bien sûr, il existe de plus en plus d'associations. C'est-à-dire que maintenant, on se montre un peu plus. Avant, il y avait quelques organismes qui essayaient de se battre. Aujourd'hui et dans le futur, il y aura davantage d'associations LGBT pour justement lutter contre toutes les formes de discrimination, aussi bien à l'encontre des lesbiennes, des homosexuels, des bisexuels, ou des transgenres.

Quels changements y a-t-il encore à opérer dans la société française à ce niveau?

Qu'on ne nous montre plus du doigt… Nous voulons pouvoir vivre notre vie sans être jugés. Désormais, nous pouvons nous marier, il nous reste encore à pouvoir fonder des familles, et que cela soit plus simple qu'à l'heure actuelle. Nous voudrions aussi pouvoir avoir des enfants par l'intermédiaire de la GPA, ce qui est illégal.

Les transgenres devraient pouvoir accéder plus facilement à leur changement d'état civil. Il y a encore beaucoup de travail à faire ! On avance, à petits pas, mais on avance quand même.

En ce qui concerne les personnes homophobes, je pense qu'elles devraient être sanctionnées en les obligeant à venir travailler dans une association LGBT. Plutôt que de leur infliger une amende, ou un emprisonnement, cette "punition" leur permettrait peut-être de réaliser que nous sommes des personnes tout à fait normales, d'ouvrir leur esprit.

Le 17 mai est la journée internationale contre l'homophobie. Elle s'est aussi transformée en rassemblements divers dans le monde entier… Qu'en est-il en France?

Il s'agit principalement de rassemblements dans diverses villes françaises. On se doit d'être "visibles", en particulier les associations, pour se faire connaître aux yeux du public. C'est aussi une journée d'information tant pour le public, que pour les personnes dans l'ombre et qui n'osent pas s'assumer. Beaucoup d'hétérosexuels participent aux événements de cette journée, car se sentent solidaires. Nous avons besoin de leur appui pour lutter contre ces discriminations. Au fond, nous sommes des personnes tout à fait normales, et la seule différence est ce qu'il se passe dans la chambre à coucher.

Le mot de la fin?

Tout ce que je souhaite, c'est que nous n'ayons plus besoin de faire des journées contre l'homophobie. Ce serait vraiment merveilleux… Je pense que je ne serai plus là pour le voir, mais que nous y arriverons! #Homosexualité