Dans le quartier de Val Plan, dans le treizième arrondissement de Marseille, on peut assister à un commerce pour le moins original. Les dealers de la cité ont lancé depuis quelques jours, une campagne marketing autour de leur trafic qui n'est pas sans rappeler les opérations de fidélisation des pizzerias ou des grandes enseignes.

La fidélité récompensée

Ici, si vous êtes un client régulier, on vous offre une carte de fidélité. Pour dix barres de shit achetées à dix euros l'unité, une onzième est offerte. Cette carte donne aussi accès à plusieurs formules. Dans la formule « confort », dès cinquante euros d'achat, un paquet de cigarettes est offert en cadeau ainsi qu'un paquet de feuilles OCB et un briquet. Sur la carte de fidélité sont indiqués les horaires d'ouverture de la vente (de onze heures à minuit) et le détail des différentes offres, le tout introduit par quelques formules de politesse plus ou moins adroitement tournées : « Nous attendons de vous accueillir avec plaisir au centre du quartier, merci de votre fidélité ».

Les dealers rivalisent d'astuces afin de concurrencer des quartiers où le rendement est plus important, comme le quartier de la Castellane, de Bassens ou des Lauriers. Dans ces autres cités, des barrières de sécurité servent à canaliser le flux des clients et des tableaux récapitulent les marchandises disponibles.

Des riverains exaspérés

Si cette organisation peut faire sourire de loin, les habitants du quartier, eux, se sentent abasourdis par de telles pratiques. Ironisant devant l'essor de ce trafic organisé, une habitante excédée lâche : « Ils n'ont qu'à faire payer par carte bleue tant qu'ils y sont, ou ouvrir un site d'achat en ligne ». Pour elle, l'étalage de ce commerce dans les rues de cet ensemble HLM est bien la preuve que tout leur est permis.

Au lendemain du vaste coup de filet qui a permis à la police d'arrêter une vingtaine de trafiquants, la professionnalisation des réseaux qui s'organisent autour de ces cités sont inquiétants. Rappelons qu'une radicalisation de ce commerce est tout aussi visible. Les dealers peuvent interdire l'utilisation des portables et le port de lunettes de soleil, opérant des fouilles au corps et des contrôles des véhicules lors de certaines transactions, notamment aux Micocouliers dans le quatorzième arrondissement de la ville. Paranoïa résultant directement des règlements de compte entre bandes rivales, et des pressions policières.

Malgré tout, avec cette opération marketing, les dealers de Val Plan ont créé le buzz et ont vu le nombre de leurs clients augmenter. #Drogue