Thomas Guénolé, politologue, et Katerina Ryzhakova, consultante en communication, sont à l'origine de la pétition contre la #Loi sur le renseignement qui é récolté plus de 120 000 signatures. Ils se sont naturellement rendus au rassemblement parisien des opposants à cette loi, et ont accepté de répondre aux questions de Blasting News.

Blasting News : Pourquoi êtes-vous là aujourd'hui ?


Katerina Ryzhakova : On est là parce qu'on est indignés par ce projet de loi qui prévoit les écoutes généralisées, la surveillance de masse, et parce que le gouvernement reste imperméable à nos argumentaires. Il n'y a pas de débat ouvert, public.


BN : Quels sont les points concrets de ce projet contre lesquels vous luttez ?


Thomas Guénolé : D'abord, on nous dit qu'il y aura une commission de contrôle, mais son avis sera facultatif, donc ça n'arrêtera absolument rien. Il n'y aura ensuite jamais besoin de l'aval d'un juge pour légaliser les différentes techniques mises en place par cette loi. Prenons quelques exemples pour expliquer ces dispositifs : imaginez un quartier entier qui pourrait faire l'objet d'une petite borne d'enregistrement aspirant toutes les conversations téléphoniques, tous les échanges de SMS, tous les échanges de mail, et même les conversations que vous auriez dans votre chambre à coucher. Et bien il y a un outil qui permet ça, les Imsi-catchers. On a parlé aussi de boîtes noires : chez les fournisseurs d'accès internet, elles aspirent tout ce que vous faites sur le net et l'offrent aux services de renseignement français. Ça me pose problème, surtout qu'il n'y aura pas besoin de l'accord d'un juge. C'est de l'abus de pouvoir.


BN : Pouvez-vous nous en dire plus sur cette pétition que vous avez lancé ?


KR : On a lancé une pétition sur la plateforme citoyenne qui s'appelle "www.change.org". La pétition est adressée à Manuel Valls et s'intitule "Retirez le projet de loi sur le renseignement, le Big Brother français" et elle compte plus de 124 00 signatures à l'heure où nous parlons. On est tous concerné, et ce n'est pas normal que dans un État démocratique, on se retrouve tous suspectés finalement.

TG : Ce n'est pas juste la vertu défendante des Droits de l'Homme contre le méchant État policier. Je veux simplement que la police ait du mal à violer ma vie privée. Qu'elle doive demander la permission d'un juge, que ça ne puisse pas se faire sur un claquement de doigt. Alors qu'avec cette loi, pour les polices secrètes, ça deviendra aussi facile que papa qui rentre dans maman. Et ça, c'est un problème.

BN : Certains disent que des drames comme ceux que l'on a connu auraient pu être évités avec cette loi. Qu'en pensez-vous ?

KR : Il faut encore prouver l'efficacité de ces procédés. Je peux comprendre qu'aux États-Unis, l'inquiétude générale post 11 septembre ait pu mener au Patriot Act et tous ces outils, mais maintenant, on a bien vu que c'était inefficace.

TG : Sur 127 complots déjoués, un seul l'a été grâce à ces méthodes invasives de la NSA.

KR : On va violer la vie privée des gens sans prouver l'efficacité des outils en questions. Parle-t-on vraiment de sécurité et de #Terrorisme ? La loi s'étend sur des champs comme les intérêts scientifiques, industriels, cela va bien plus loin que la dite "sécurité nationale".

BN : Quelles actions au lendemain du vote ?

TG : Il y a deux étapes. On va attendre que le Conseil Constitutionnel donne son avis, mais il a tendance à laisser passer les lois anti-terroristes même lorsque celles-ci sont liberticides, comme en 2008. Derrière, si nos libertés fondamentales ne sont pas protégées, nous irons en justice. La France, pays des Droits de l'Homme, c'est une légende. C'était vrai quand le pays a porté la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, mais à l'heure où je vous parle, sur 47 pays concernés par la Convention européenne des Droits de l'Homme, la France est le 8ème pays le plus condamné.