Blasting News : Selon vous, l'accès des homosexuels masculins au don de sang augmenterait les risques de contamination par le virus du sida. En quoi l'orientation sexuelle est-elle, selon vous, plus déterminante que les comportements ?

Dominique Costagliola : Ouvrir le don au HSH (NDLR : Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes) ne peut qu'augmenter, même très légèrement, un risque minime. Comme pour toute maladie transmissible, le risque ne dépend pas que des comportements, mais des comportements et de la prévalence de l'infection dans le groupe considéré et c'est ça qui fait la différence entre HSH et les autres !!! L'idée qu'à comportement égal, le risque est le même est donc totalement fausse dans ce cas, non en raison de l'orientation sexuelle mais en raison de la situation épidémiologique. Prendre la décision d'ouvrir le don aux HSH est donc prendre une mesure qui revient sur le principe de précaution.

Peut-on mesurer l'augmentation des risques de contamination ?

La prévalence de l'infection à VIH chez les HSH en France est de l'ordre de 17%. On estime que 3% environ d'entre eux sont infectés par le VIH et ignorent leur statut sérologique. Chez les hétérosexuels, cette prévalence de l'infection au VIH est de 0,12%, (soit 140 fois moins environ), et la prévalence de l'infection au VIH non diagnostiquée est de 3 pour 10 000 (soit 100 fois moins environ).

Donc, à nombre de partenaires égal et à comportement égal, un HSH a 100 à 140 fois plus de risque d'être infecté et d'être dans « la fenêtre de séroconversion » qu'un hétérosexuel. Ouvrir le don aux HSH ne peut donc qu'augmenter le risque résiduel très faible lié à la transfusion. Prendre cette décision, c'est donc prendre une mesure qui revient sur le principe de précaution.

D'un autre côté, on sait bien qu'à l'heure actuelle l'interdiction n'est pas complètement respectée, puisqu'environ la moitié des donneurs de sang trouvés positifs reconnaissent après coup avoir eu des rapports homosexuels.

Quelles sont selon vous les problématiques majeures que pourraient rencontrer les centres face aux dons de sang des populations masculines homosexuelles?

Les personnes qui préconisent l'ouverture du don aux homosexuels plaident pour un questionnaire plus détaillé concernant les prises de risque. Passer plus de temps à interroger les donneurs à un coût en personnel, de même que passer du temps à interroger un potentiel donneur qu'on sera amené à exclure suite à l'interrogatoire.

De plus, cela n'augmente pas nécessairement le nombre de produits transfusionnels disponibles de manière significative. Les hommes ne représentent que la moitié de la population et les HSH un petit pourcentage de cette population. Comme dans la population générale, tout le monde ne donnera pas.



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