La question des statistiques ethniques revient sur la table après avoir été refusée par certains qui s'appuient sur l'interdiction constitutionnelle et acceptée par d'autres en substituant la problématique de la diversité à celle d'ethnie, une façon de contourner l'interdiction constitutionnelle. Je m'exprime ici en tant qu'acteur de cette question car, en 2005, j'ai été cofondateur du CRAN (Conseil représentatif des associations noires) et ancien secrétaire général de cette organisation de 2005 à 2008. J'en suis parti justement en partie à cause d'un désaccord fondamental sur la notion de statistiques et de diversité.

Un point de vue majeur dans notre ancienne organisation était de dire que si on veut connaitre les discriminations dont sont victimes les populations françaises d'origine étrangère, il faut passer au comptage, c'est-à-dire au repérage quantitatif dans l'espace des personnes discriminées et apporter des réponses idoines républicaines au nom de l'égalité. Comme disait l'homme politique français Gambetta, on ne décrète pas l'égalité, on la crée, on crée des Français égaux entre eux.

Le Premier Ministre Valls était d'accord en 2009 avec l'idée de faire des statistiques de la diversité pour faire évoluer la problématique de la lutte des inégalités dont sont victimes la plupart de nos compatriotes d'origine étrangère. En devenant Premier Ministre, il a changé d'attitude et de discours. Ne pas nommer les choses au nom d'un républicanisme absolu, c'est s'éviter de voir la réalité en face. En revanche, le risque de nommer ainsi les choses, c'est d'arriver à une théorie de l'affichage et de la stigmatisation des populations ainsi dénombrées.

Au fond il faudra un jour, sans faire l'erreur de présentation de Robert Ménard (Maire de Béziers) qui a consisté à dénombrer les élèves musulmans grâce à leurs prénoms, recourir à ce que tous les instituts de sondage font : établir des enquêtes déclaratives sans demander ni le nom, ni le prénom mais en situant les gens en fonction de leur provenance, de ce que j'appelle leur identité de référence géographique (lieu de vie sur le territoire français). Ces pratiques de dénombrement sont déjà réalisées par des instituts de sondage dès lors qu'il faut parler de femmes, d'handicapés ou d'autres personnes qui sont discriminées. En fait la difficulté dans les statistiques, c'est qu'elles impliquent un passage par le phénotype et la religion qui cristallisent forcément les rancœurs et entrainent les conflits.

Les statistiques permettent de poser les bonnes questions et éventuellement de réfléchir aux bonnes solutions. En République la citoyenneté gomme tout, mais la sociologie laisse intactes les discriminations et les séparations des situations de façon identitaire et territoriale. #Immigration #Démocratie