Qu'il est difficile de mener une réforme sur l'Éducation nationale en France… Najat Vallaud-Belkacem l'apprend à ses dépens. Avec sa réforme du collège, la jeune ministre de l'Éducation nationale doit faire face à une féroce opposition issue de tous bords. Les enseignants ont même décidé de manifester leur colère dans les rues, ce mardi. « J'ai un regret, explique la ministre, ce dimanche. C'est la tournure des débats, je trouve que l'école est un sujet tellement sérieux, tellement grave qu'on n'a pas le droit à se laisser aller à des débats faits de rumeurs et de contre vérités. »

Le latin et le grec au centre des hostilités

Mais qu'est-ce qui peut bien autant enflammer le débat autour de ce texte qui entrera en vigueur dès la rentrée 2016 ? La polémique s'est engagée autour d'une mesure qui a totalement fait de l'ombre à toutes les autres : la suppression du latin et du grec en tant qu'options. La réforme propose en effet de remplacer ces deux options par une initiation aux langues anciennes au sein de la matière « Français » mais aussi une intégration des langues mortes à un module obligatoire optionnel répondant au doux nom de « Langues et cultures de l'Antiquité. » La raison ? Ces langues seraient bien trop « minoritaires. » Il n'en fallait pas plus pour hérisser le poil des intellectuels français qui ont tiré à boulets rouges sur la ministre. À l'image de l'ancien ministre de l'Éducation nationale et philosophe, Luc Ferry. «Il y a un moment où il faut arrêter le délire, débrancher le déconomètre, lâche-t-il. Qu'il (ndlr : Manuel Valls) ne laisse pas cet immondice , ces programmes "dégueulasses" comme a dit Bayrou, ce programme immonde qui va décérébrer des générations d'innocents. »

L'allemand serait menacé

L'autre gros point chaud réside dans la disparition des classes dites « bilangues. » Existant depuis dix ans, ces classes concernaient jusque-là 16% des élèves au collèges. La réforme prévoit plutôt de créer des classes bilangues pour tous dès la cinquième, le cursus précédent considéré comme élitiste. Là aussi, les langues se délient. Certains professeurs d'allemand y voient notamment une attaque contre la langue. Coup dur pour l'ancien professeur d'allemand Jean-Marc Ayrault… L'ancien Premier ministre a fait part de son « inquiétude. » Pour l'Association pour le développement de l'enseignement de l'allemand en France, « l'effet est clair. Avec à peu près 90%, même un peu plus, des élèves qui font allemand en France et qui sont en classe bilangue, ça veut dire qu'on supprime l'allemand. »

Les EPI font débat

Quid de l'interdisciplinarité ? Les EPI, enseignements pratiques interdisciplinaires, vont remplacer les « itinéraires de découverte » et seront présentes dans toutes les classes du cycle. « Parmi ces EPI, on retrouvera huit thèmes : le développement durable, sciences et société, corps, santé et sécurité, l'information, communication et citoyenneté, culture et création artistique, monde économique et professionnel, langues et cultures de l'Antiquité, langues et cultures régionales et étrangères. Chaque élève aura au moins deux thèmes chaque années et six différents au cours de la 5ème à la 3ème. Les syndicats d'enseignants ont, là aussi, évoqué leurs craintes de voir ces enseignements prendre le pas sur les horaires de chaque discipline.

NVB : « Un matraquage de désinformation »

Face à ces nombreux débats, les enseignants ont donc décidé de battre le pavé. Et, d'après les derniers sondages, les Français les soutiennent. 60% des personnes interrogées (source : Odoxa) approuvent cette journée d'action contre 39% qui sont contre. « La faute à qui?, interroge Najat Vallaud-Belkacem. La faute à un matraquage fait de désinformation, de contre-vérités, de malhonnêteté intellectuelle depuis quinze jours conduit notamment par la droite. Si j'avais moi-même entendu dire que la reforme du collège consistait à supprimer le latin, à faire disparaître l'allemand et à transformer les programmes d'histoire au point d'en faire disparaître la chronologie, je ne serai pas moi-même convaincue par cette réforme du collège. Cette réforme ce n'est pas cela. »  #Ecole #Grève