Au delà des positions reposant sur des principes stériles, des exagérations abusives et grotesques issues du débat vif que provoque cette question sociétale s'il en est, la GPA, comme la génétique ou l'intelligence artificielle, met l'humanité face aux nouvelles responsabilités que provoque son nouveau pouvoir technologique.

La GPA, gestation pour autrui, consiste en ce qu'une femme accepte de porter un enfant qui n'est pas le sien. Cet outil médical sert initialement à permettre à une femme étant dans l'impossibilité de porter un enfant, pour cause de malformation, ou d'absence d'utérus notamment, de pouvoir faire porter l'enfant de son couple à une autre femme.

Cette technique autorisée dans certains pays ne l'a jamais été en France au motif qu'elle implique une marchandisation de fait du corps de la femme. ''De fait'' en ce sens qu'il est extrêmement rare qu'une femme accepte de le faire pour rien. Si des cas ont existé, avant 1994 et l'interdiction, ils représentaient une exception - souvent une sœur ou une amie très proche.

Par ailleurs ce volet quantitatif du problème se voit renforcé par deux aspects nouveaux de la question : l'augmentation considérable de la demande générée par les couples homosexuels et le constat, prévisible, sur les catégories sociales, pauvres, dont sont issues la majorité des femmes porteuses. Chacun comprend que la marchandisation de la femme porteuse, et donc indirectement de l'enfant, se pose.

Cette marchandisation : conséquences concrètes

Premier point, quel que soit le pays et la qualité de l'encadrement, ceux où la pratique est légale ou tolérée, voient la quasi totalité des mères porteuses indemnisées (couverture des frais médicaux) ou payées (dédommagement considérablement supérieur aux frais), provoquant de fait une inégalité d'accès à la parentalité (entendue comme parentalité génétique de l'un au moins des parents) rarement évoqué par les partisans de l'égalité d'accès entre hétérosexuels et homosexuels. Or il semble justifié de ce poser la question, l'inégalité devant l'argent est-elle plus naturelle que l'inégalité devant la parentalité ?

Second point, la qualité de vie des mères porteuses n'est pas assurée partout de la même façon. Certains pays d'Europe de l'Est, gangrénés par la mafia voient même certaines femmes réduites quasiment à l'état d'esclavage. Cet élément est d'ailleurs utilisable par les partisans du pour comme par ceux du contre. Ainsi si la non inscription à l'état civil de l'enfant va effectivement à l'encontre du droit comme de la morale (la société peut-elle, doit-elle, punir ses enfants pour les choix de leurs parents), l'interdiction de la GPA et la poursuite des contrevenants en justice dans leur propre pays est, elle, une possibilité. Les enfants seraient reconnus par leur pays mais leurs parents punis par la loi de ce même pays.

A l'inverse la légalisation permettrait aux Français ou aux Autrichiens, pour ne citer qu'eux, de pratiquer la GPA dans un pays où l'influence de la mafia est faible et le niveau de maitrise médicale élevé, protégeant ainsi les femme porteuses. Ce point soulève donc la question de la contrainte ; que l'on choisisse d'interdire ou de légaliser, doit-elle s'exercer sur la femme porteuse ou sur les parents ?

Dans un tout autre domaine, celui de l'amour et de ce qu'il contient de désir et de droit, les difficultés pour les humains que nous sommes encore ne sont pas plus simples.

Le désir d'enfant, ou de parentalité, est-il réservé aux couples hétérosexuels ?

Quel que soit le point de vue que chacun peut avoir sur l'homosexualité, sexualité choisie, sexualité anormale, sexualité différente, dangereuse, etc. Le fait est qu'il y a désir de parentalité, ce fait est, par la phénoménalité des événements, indiscutable. Dans la mesure où ce désir est aujourd'hui accessible à ceux qui en ont les moyens, au nom de quoi les en empêcher ? Empêche-t-on les peuples riches de se soigner tandis que les pauvres meurent des mêmes maladies ? D'un point de vue strictement moral, il paraît plus défendable d'autoriser les nantis à accéder à la parentalité, y compris par la GPA, qui ne lèse personne dans sa chair si elle est réalisée dans un pays développé, que de les autoriser à se soigner tout en laissant mourir les pauvres. La mort étant le plus souvent considérer comme un des moyens les plus considérable de léser quelqu'un...

Donc le désir de parentalité, à l'instar de celui de vie, est partagé au delà des genres sexuels. Mais qu'en est-il du droit de l'enfant ? Si l'enfant désiré part avec un capital à priori plus positif que l'enfant subi, si l'enfant choyé aura à priori plus de facilités psychosociales dans la vie que l'enfant mal aimé, peut-on pour autant lui imposer d'avoir deux pères, ou deux mères, et en sus de ne pas connaitre celle qui l'a porté ou celle qui l'a créé par le don de son ovocyte ? Mais ne le fait-on pas déjà ?

Si tant est que l'homoparentalité puisse déclencher des angoisses spécifiques, le divorce, la sur-maternité ou l'alcoolisme des parents hétérosexuels n'en déclenchent-t-ils pas ? Interdit-on l'accès à la parentalité aux dépressifs sucidaires, aux pratiquants de sports extrêmes ou aux militaires qui risquent volontairement, au mépris des conséquences psychiques pour leurs enfants, leur vie quotidiennement ?

Ces faiblesses, ou ses forces des parents ne provoquent-elles pas des angoisses spécifiques ? Peut-on dire d'une angoisse qu'elle est plus naturelle qu'une autre ? Le droit de l'enfant, s'il doit être défendu, est un élément pernicieux du débat car la seule différence réelle (c'est à dire non basée sur des opinions) qui est faite aux enfants issus de GPA est l'impossibilité, imposée par une volonté humaine ne devant rien au hasard, légale et technique de jamais connaitre leur filiation génétique complète. Bien sûr ce problème du droit de l'enfant, s'il est recentré sur ce qu'il a de plus égalitaire, la simple connaissance de sa filiation, est techniquement simple à résoudre. Reste, dirons les mauvaises langues, que d'un point de vue marchand...

Ces éléments de réflexion, dépouillés de leurs oripeaux haineux et partisans dont on les affuble si souvent, n'en restent pas moins insolubles.

Mais les humains, que nous sommes décidément encore, ont inventé une méthode égalitaire pour avancer dans ses domaines difficiles : la #Démocratie. Il appartient, en démocratie, au pouvoir législatif d'assurer ses responsabilités sans se cacher derrière des lois supranationales, sans se soumettre aux lobbies marchands et sans remettre au pouvoir judiciaire des responsabilités qui ne lui incombent pas. Et d'assumer ensuite ses choix face aux urnes. Tout comme de bons parents qui, s'ils échangent et en discutent avant, affirment et assument ensuite leur choix pour le bénéfice de ceux dont ils ont voulu la responsabilité.
#Médecine #Mariage gay