Crowdfunding, un mot un peu barbare pour les détesteurs d'anglicismes mais qui trône fièrement dans le Dictionnaire Larousse depuis 2014. C'est que le terme est bien connu des Français qui sont aujourd'hui très friands de ce mode de financement participatif, loin des institutions bancaires, de plus en plus décriées.

Une nouvelle économie qui séduit de plus en plus de Français

Le principe du crowdfunding est simple. Il permet aux citoyens, via une plateforme #Internet, de collecter des fonds auprès d'un large public en vue de financer un projet novateur. Au passage, la plateforme prend un pourcentage sur les fonds récoltés, si le projet dépasse la barre des 100% de financement.

En 2015, la France compte 21 sites de crowdfunding, allant du prêt à la co-production, en passant par le don sans contrepartie financière. Des portails thématiques comme Arizuka entierement dédié à l’intérêt général, ou Lymo, spécialiste du crowdfunding immobilier, aux plateformes généralistes, l’alternative gagne du terrain. Parmi celles qui fonctionnent au don, les célèbres Kiss Kiss Bank Bank (KKBB) et Ulule, créées en 2010 et qui ont ouvert la voix au Crowdfunding dans l’hexagone.

Présentes au niveau international, ces structures ont à elles deux collecté plus de 65 millions d’euros pour plus de 24 000 projets aboutis (8993 pour Ulule et 15268 pour KKBB). Au porte-monnaie, des donateurs basés partout dans le monde, de l’Amérique du nord à l’Arabie Saoudite en passant par la Thaïlande et la Mongolie. En étroite compétition dans la course au leadership européen, KKBB et Ulule affichent un taux de réussite pour les collectes en constante évolution.

Car le procédé attire de plus en plus les Français qui sont devenus adeptes du financement direct, attirés par l’idée de solidarité inhérente au Crowdfunding. Si chacun peut choisir le projet qu’il souhaite soutenir et le montant de son don, la satisfaction de voir un projet financé aboutir est gratifiante. « Pour les contributeurs, il y a un énorme retour sur investissement émotionnel » confiait Vincent Ricordeau, l’un des cofondateurs de KKBB, à nos confrères du Magazine M du Monde. 

Encourager les entrepreneurs audacieux

A l'autre bout de la chaîne, des projets très variés. Arts, design, spectacles vivants, films et vidéo mais aussi écologie, initiatives citoyennes et technologies, les qualités requises étant la créativité tout autant que l'innovation. Ainsi le crowdfunding est devenu le meilleur allié des artistes et entrepreneurs français qui souhaitent monter un projet ambitieux, sans financement public. Système de bioéclairage novateur, auberge de jeunesse participative ou création artistique, chaque donateur peut trouver son bonheur en finançant selon ses centres d'intérêts.

Parfois, les plateformes de Crowdfunding accueillent des projets exceptionnels qui dépassent le cadre privé et qui, peinant à trouver des financements « classiques », se tournent vers la solidarité citoyenne. Le meilleur exemple en 2015 est sans conteste le projet The Ocean Cleanup du jeune néerlandais Boyan Slat, âgé d'à peine 20 ans. Lancée en 2014 sur son propre site internet, la campagne lui a permis de récolter plus de 2 millions d'euros avec l'aide de 38 000 donateurs et permettra surtout d'expérimenter en mer le projet d'aspirateur géant des océans dès 2016.

Le Crowfunding séduit les Peoples

Très médiatisées, des campagnes de financement sont aussi lancées par des personnalités du showbizz pour une cause humanitaire ou un projet de société. En juillet 2014, le projet de film « Demain » porté par l'actrice Mélanie Laurent et le journaliste Cyril Dion a récolté plus de 200 000 euros en trois jours. Une notoriété plus qu'efficace. Récemment, c'est le musicien André Manoukian qui s'est installé sur Kiss Kiss Bank Bank pour financer Les Jours, un nouveau journal qu'il envisage de monter avec d'anciens journalistes du quotidien Libération.

Crowdequity, une nouvelle législation

Si les porteurs de projets, quels qu'ils soient, sont devenus accro à cette nouvelle économie, les investisseurs surfent de plus en plus sur les portails de crowdfunding. Initialement utilisé par les porteurs de projets individuels, le financement participatif attire en effet les petites et moyennes entreprises (PME) qui, depuis le 1er octobre 2014 bénéficient enfin d'un cadre juridique précis pour utiliser ces plateformes.

Sous l'égide de Fleur Pellerin, alors Ministre déléguée aux PME et à l'économie numérique, la législation française autorise celles qui recherchent des fonds allant de 100 000 à 1 million d'euros à emprunter de l'argent aux internautes ou à les faire entrer dans leur capital. Une aubaine pour les petites structures dont se désintéressent parfois les banques françaises. Spécialiste du genre, le site Wiseed a levé plus de 22 millions d'euros depuis 2008, preuve que la demande est bien réelle. Une performance qui promet d'aller en grandissant au vu de l'engouement général pour cette alternative économique.

Kickstarter, la bête noire du crowfunding à la française ?

Plateforme américaine née en 2009, Kickstarter est le N°1 mondial du financement participatif. Grosse machine qui revendique 1,5 milliards collectés pour environ 80 000 projets financés par 7,9 millions de « backers », Kickstarter touche un public plus large que les plateformes françaises et mise sur les projets technologiques, alors que les leaders français font plutôt la part belle à la culture et aux arts. 

Alors que son arrivée officielle en France a été démentie fin mai par un Tweet de l'un de ses porte-parole, des réunions de présentation ont bien eu lieu récemment à Paris et à Lyon. Implanté dans 9 pays dont le Royaume-Uni, la Suède et la Norvège, le géant américain a de quoi faire les yeux doux à l'hexagone où le financement participatif gagne du terrain.

Si cette « démocratisation bancaire » est en pleine explosion en France, le pays faisant figure de leader en Europe occidentale, le phénomène va aller en s'accelerant avec une croissance estimée à plus de 150% dans les années à venir. Dans un contexte de défiance face au système bancaire traditionnel, le crowdfunding, symptôme optimiste et solidaire de la crise actuelle, n'en est qu'à ses débuts.