On nous rappelle bien assez souvent quels étaient les plus grands combats de #Femmes et les droits qu'elles ont obtenus ou encore la lutte contre les violences faites aux femmes. Cependant, une problématique fondamentale et à laquelle on ne s'attarde pas assez, devrait être sans cesse remise au goût du jour : la femme et le droit de disposer de son corps. Que faut-il penser de la prostitution ? Il faut le dire, être considérée comme une « pute » n'a rien de flatteur. Cependant, le plus souvent, on ne sait pas vraiment de quoi on parle.

Le mercredi 4 décembre 2013, la France a adopté une loi qui pénalise les clients de prostituées. Cette même loi dépénalise le délit de racolage qui était prohibé depuis la loi de Nicolas Sarkozy en 2003. L'amende pour les clients s'élève à 1 500 euros et à 3 000 euros en cas de récidive. Cependant le texte de loi navigue depuis plusieurs mois entre les sénateurs qui veulent majoritairement la suppression de l'amende et le rétablissement du délit de racolage, et les députés qui ont rétabli l'amende et autorisé à nouveau le racolage le 3 juin dernier. Une deuxième lecture a donc été votée le 12 juin.

La prostitution n'est pas prête de disparaître

La prostitution, ancrée dans l'histoire, mérite son attribution de plus vieux métier du monde puisqu'elle remonte à l'Antiquité. Elle aurait des origines religieuses ou rituelles dans les sociétés anciennes de Mésopotamie où les prostituées étaient des femmes sacrées placées sous la protection des Dieux. Mais au cours du Moyen-Âge, la prostitution était souvent liée à la misère, ce qui a conduit à l'apparition du bordel public qui logeait et nourrissait les prostituées. De plus, les courtisanes, plus cultivées, recherchaient notamment l'argent et la célébrité et tentaient de s'élever dans la hiérarchie en vendant leurs services aux hommes riches.

Éradiquer la prostitution, c'est supprimer l'outil de travail des prostituées

C'est, pour la plupart des femmes qui exercent ce métier, un moyen de survivre, bien que parmi les prostituées beaucoup sont victimes d'exploitation. Les ouvriers travaillent pour gagner leur vie, les prostituées et les escorts aussi. N'est-ce pas un métier comme un autre ? « La première chose que vous devez savoir, c'est que je suis une pute » tels sont les premiers mots de Belle de Jour, nom de plume du Dr Brooke Magnanti, dans le Journal Intime d'une Call-Girl. L'auteure dévoile sans tabou son expérience dans le monde de la prostitution. Éprouvant des difficultés financières après son diplôme, elle a décidé d'elle-même d'exercer ce métier et considère que « la prostitution est un boulot stable, pas trop contraignant ». Au fil de son histoire, Belle s'aperçoit qu'elle y prend goût. Le Dr Magnanti est un bon exemple de ces femmes qui consentent à vendre leur corps pour gagner leur vie. Il va donc de soi que malgré les lois, la plupart des prostituées qui ont choisi de l'être refuseront de changer de voie. Comme le confie une ancienne prostituée dans le journal Le Progrès, « si on veut vendre notre corps, on est libre. C'est la liberté individuelle. » C'est d'ailleurs cette même liberté que défendent les 343 Salops dans leur manifeste en déclarant « tous ensemble, nous proclamons : touche pas à ma pute ! »

Que les abolitionnistes ne se réjouissent pas trop vite, car si la prostitution est de moins en moins visible dans la rue, cela ne veut pas dire qu'elle a disparue.

Elle ne fait que de se déplacer. Depuis quelques années, grâce à l'avancée technologique, Internet est devenu un outil indispensable de diffusion d'information. Des sites permettent aux filles de signaler leur passage tel jour dans telle ville. De plus, si en France la prostitution est repoussée, il suffit de franchir une frontière pour continuer d'exercer cette activité qui n'est pas interdite dans tous les pays.

Combattre la prostitution n'arrêtera pas le trafic d'êtres humains

Or, le problème principal c'est ce trafic et non la prostitution en elle-même. En effet, une grande majorité des prostituées sont des femmes étrangères et sans papiers, victimes de réseaux de traite, que l'on a arraché à leur famille et à leur pays. Elles sont forcées de se prostituer sans en recevoir la moindre part financière. Cependant toutes les prostituées ne sont pas des victimes, c'est pourquoi il faut agir en faveur de celles qui le sont, sans priver les autres de leur choix personnel. Puis, même si l'on peut considérer qu'il en est complice, le client n'est pas le premier responsable de la servitude des prostituées, c'est pourquoi sa pénalisation sera inefficace.

Ne serait-il pas plus judicieux de lutter directement contre le trafic d'être humain et l'exploitation plutôt que d'agir vainement à l'encontre des clients ou des prostituées elles-mêmes ?