Avec l'attentat contre #Charlie Hebdo est ressurgi avec force le débat sur la liberté d'expression. Déjà au moment de l'affaire Dieudonné beaucoup de personnes s'étaient insurgées de voir ses spectacles censurés et évoquaient une liberté d'expression à géométrie variable. Le parallèle avec Charlie Hebdo avait alors été utilisé par les partisans de l'humoriste pour justifier d'un deux poids deux mesures à son encontre.

L'assaut des frères Kouachi contre les membres de l'hebdomadaire satyrique ont relancé ce débat brulant. D'aucuns militent pour une liberté d'expression limitée. D'autres, au contraire, défendent une liberté d'expression totale et sans aucune autocensure. Certains autres, enfin, réclament une liberté d'expression qui serait la même pour tous et critique l'utilisation actuelle de la liberté d'expression qui ne serait pas équitable.

L'après Charlie, révélateur d'une liberté d'expression à géométrie variable

Peu après les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hypercasher, on a pu voir se mettre en place une forme de pensée dominante à laquelle il ne fallait pas déroger. Ainsi a-t-on vilipendé la position des personnes ne souhaitant pas « être Charlie » si bien que dans la bouche de certains intellectuels ou hommes politiques, ne pas être Charlie s'apparentait forcément à être Kouachi par une extrapolation dangereuse. Emmanuel Todd, dans Qui est Charlie ?, décrit bien cette période et parle d'un « flash totalitaire » dans la mesure où il était plus que mal vu de ne pas porter ce slogan « Je suis Charlie » même si l'on condamnait de la manière la plus ferme possible les attaques contre les membres du journal.

Plus dangereux, certains intellectuels se sont étonnés que l'on ait pu donner la parole médiatique à des personnes qui n'étaient pas en phase avec cette ligne-là. C'est ce qu'explique Caroline Fourest dans son livre Eloge du blasphème : elle ne trouve pas normal que des personnes comme Tariq Ramadan ou Abd Al Malik aient pu avoir l'occasion d'évoquer un point de vue divergent. Drôle de liberté d'expression que celle prônée par la polémiste : vous êtes libres de vous exprimer mais à condition que vous pensiez comme moi. On est loin d'une liberté d'expression totale symbolisée par la phrase longtemps attribuée à tort à Voltaire : «Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire».

La loi Gayssot interdit une réelle liberté d'expression

La loi Gayssot, ou plutôt la partie de cette loi relative au négationnisme de la Shoah, vient couper court à toute liberté d'expression. En imposant une vérité officielle sur un évènement de l'Histoire comme l'ont si bien mis en avant ses détracteurs, cette loi ne peut qu'aboutir à un sentiment d'un deux poids deux mesures.

Il ne s'agit évidemment pas de faire un concours dans la souffrance mais interdire d'affirmer un avis contraire sur un génocide tout en ne légiférant pas sur d'autres crimes de ce type conduit nécessairement à un sentiment d'injustice pour les membres de ces communautés. Les génocides rwandais ou arménien ou la Traite Négrière (certains diront les traites négrières) pouvant être niés, il apparaît comme injuste de condamner par la loi le négationnisme de la Shoah.

On voit ressurgir ici le cas Dieudonné mais celui-ci est particulièrement complexe dans la mesure où il faut déterminer la limite entre le négationnisme et l'incitation à la haine raciale. Cette dernière ne peut évidemment pas être tolérée même en vertu d'une liberté d'expression que l'on pourrait qualifier de totale.

Propositions pour rendre plus juste la liberté d'expression

Ainsi que l'on vient de voir, la liberté d'expression, à l'heure actuelle, semble injuste. Pour rétablir la justice dans ce domaine, il s'agit, selon moi, de choisir entre deux positions sur la liberté d'expression.

La première de ces positions est de défendre une liberté la plus large possible. Dans ce cas-là, il importe de supprimer la pénalisation du négationnisme de la Shoah afin de ne plus tomber sur le deux poids deux mesures précédemment évoqué. Il ne s'agirait en aucun cas de légitimer des propos incitant à la haine mais de traiter tous les drames de l'Histoire sur un même pied d'égalité.

La deuxième position serait celle d'une liberté d'expression limitée. Dans cette optique-là, il s'agirait d'élaborer une liste de grands drames historiques à propos desquels le négationnisme serait puni. Finalement, cette solution consisterait à élargir la loi Gayssot aux autres grands drames et crimes contre l'humanité que l'Histoire a connu. De cette manière une certaine justice serait rétablie entre les différents drames de l'Histoire.

Toutefois, le principal risque avec cette deuxième solution réside dans la fin des débats sur tout un tas de sujets historiques et finalement la fin de l'esprit critique dans la mesure où une loi viendrait entériner une vérité officielle sur ces pages de l'Histoire. #Démocratie