Tariq Ramadan, professeur d'islamologie à l'université d'Oxford a dénoncé avant hier, lundi 30 juin, dans une longue publication sur sa page Facebook ce qu'il décrit comme « silence » de la « majorité » des leaders d'opinion de la communauté musulmane - imâms et prédicateurs- face aux « tendances les plus folles dans le monde musulman d'aujourd'hui », expliquant que la « lâcheté aveuglante » de ces leaders « est un miroir dans lequel les aveugles extrémistes croient révéler au monde l'évidence de leur courage ».

Dans cette longue publication Tariq Ramadan critique un de ses anciens professeurs, un certain Ali Jum'ah pour ses positions en faveur des décisions du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, notamment celles concernant les condamnations à la peine de mort de plusieurs membres des frères musulmans que le régime Al-Sissi accuse de terrorisme.

Tariq Ramadan reproche à certains représentants de la communauté musulmane d'instrumentaliser (par leur silence) la #Religion au profit des idées de certains groupes politiques, un reproche qui soulève, encore une fois, la question éternelle de qui représente les musulmans ? En effet, la question d'instrumentalisation de la religion prend d'autant plus de sens, que la notion d'autorité représentative semble absente dans la religion musulmane caractérisée par une multitude de courants et d'écoles de pensée.

Quand l'Imam remplace l'élu…

La notion « d'institution » est inhérente au débat juridique (et sociologique). En France la question de la représentation de la communauté musulmane découle en réalité de cette logique-là, du besoin de donner une forme institutionnelle, « encadrée », à une religion, qui comme toute autre confession se trouve confrontée à une différence de lectures et d'interprétation.

La création du Conseil français du culte musulman (CFCM) en 2005 par Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur à l'époque, répondait à l'urgence de doter «l'#Islam de France » d'une structure capable de le représenter et d'être l'interlocuteur unique de l'Etat sur des questions sociétales et politiques. Le modèle étant celui de l'instance de Matignon, créée pour l'Eglise catholique.

« Je ne comprends pas pourquoi les citoyens français de confession islamique doivent-être représentés par une instance de type cultuelle. », estimait Ghaleb Bencheikh, professeurs d'universités, dans un entretien avec le Nouvel Observateur daté du 14 juin. « Les citoyens, à fortiori, dans un Etat laïc et dans une société sécularisée, plurielle et composite ne peuvent être représentés que politiquement par leurs élus ! », estimait-il face à la création récente d'une nouvelle instance de dialogue autour de l'islam.

La question que soulève Ghaleb Bencheikh est intéressante du point de vue démocratique, elle s'inscrit dans le renforcement des principes les plus fondamentaux de la laïcité. Elle est une question d'autant plus légitime, que le « musulman français » est d'abord, un citoyen dont la voix devrait être avant tout portée par l'élu politique.