Le féminisme prend une place grandissante dans les débats sociétaux depuis quelques années, place qui s'amplifie avec les opérations militantes telles que celles des femens. D'aucun applaudissent à cette montée en puissance, d'autres s'insurgent et la rendent en partie responsable du déclin de notre civilisation. On observe donc d'un côté les pro-féministes, de l'autre les anti-féministes. Mais est-ce aussi simple que cela ? Les pro-féministes sont-ils si féministes qu'ils le pensent et les anti-féministes ne sont-ils pas par certains points plus féministes que bon nombre de dit féministes ? En y regardant de plus près, on va voir que la différence n'est pas si claire...

Le courant féministe se manifeste selon deux branches principales que je nommerai féminisme de compensation et féminisme de ressentiment. Il s'agit ici de deux mouvements moins dans un processus d'action que de réaction. Réaction par rapport à la domination injuste de l'homme sur la femme pendant plusieurs millénaires empêchant de penser en toute objectivité un féminisme véritable.

La première face de ce féminisme de réaction se fait donc dans une logique de compensation. Celle-ci est animée par un désir mimétique : ce que l'homme a, ou a eu, la femme le veut, peu importe que ce soit juste ou injuste, raisonnable ou irraisonnable. La finalité du féminisme de compensation est l'égalitarisme, doctrine prônant l'égalité absolue, dont la dernière trouvaille en date est la théorie du genre qui participe d'une dénégation du genre relégué au rang de fiction culturelle. Fi de la nature, des sexes génétiques et gonadiques, chaque individu nait vierge de toute détermination de genre, laissant le monopole total à la culture pour construire l'identité de l'individu. La fiction du libre-arbitre inné chrétien est ainsi recyclée par le logiciel de la gauche libérale.

Autre conséquence directe de cet égalitarisme : la parité. Celle-ci pense remédier aux dérives misogynes en reconstituant les groupes représentatifs selon le principe paritaire : un homme pour une femme et vice-versa. Or la parité ne fait qu'entretenir sous apparence d'égalité le sexisme. Les personnes ne sont pas jugés pour leurs compétences mais pour leur sexe afin d'atteindre une égalité numérique. Par exemple, pour la création d'une assemblée offrant vingt postes, dont dix-neuf sont déjà pourvus, avec dix hommes et neuf #Femmes, plusieurs candidats des deux sexes postulent pour le dernier poste de libre. Le candidat présentant les meilleures compétences est un homme. Mais en vertu du principe de parité, le choix se portera sur une femme bien qu'elle soit inférieure à l'homme par rapport aux compétences requises, pour apporter une caution soi-disant féministe. Evidemment cet exemple est aussi valable dans l'autre sens, il serait tout autant injuste de choisir un homme plutôt qu'une femme pour combler un déficit numérique masculin alors même que la femme disposerait de meilleures compétences pour accéder au poste vacant.

Ce féminisme déçoit aussi dans le domaine du Sport. Il aurait pu être une merveilleuse occasion d'enfin sortir d'un sport guerrier, viriliste, patriotique, obsédé par le classement, donc la gloire, en le réaxant vers le ludisme. Or animé par un féminisme de compensation, le sport féminin tombe dans les mêmes travers que le sport masculin, qu'il prend comme modèle et cherche à rattraper à tout prix. Et il semble en bonne voie pour y arriver, il ne lui reste plus qu'à effacer l'inégalité des salaires et ce sera chose faite, les femmes seront bientôt devenues des hommes avec tous leurs défauts.

Finalement, avec ce féminisme-là, les femmes  ne cherchent pas à devenir femme mais homme, pour le plus grand plaisir de ces derniers. Elles veulent tout ce qui leur a été auparavant refusé par les hommes et s'aliènent et s'asservissent comme eux et aussi vis-à-vis d'eux ne cherchant qu'à obtenir le droit de faire ce que les hommes font au lieu d'essayer d'obtenir le droit de faire ce qu'elles ont vraiment envie de faire. L'homme lui aurait refusé la bêtise qu'elle l'aurait revendiquée. A ce compte-là, les hommes y gagnent plus que les femmes en restant la référence. Certes l'homme n'avait aucune légitimité à refuser aux femmes les droits qu'il s'accordait, mais ce n'est pas une raison pour vouloir sans conditions de justice et d'intelligence, tout ce que l'homme a. Ce féminisme-ci n'émancipe pas la femme, il la transforme en homme.

 

J'en viens maintenant au revers de la médaille, le féminisme de ressentiment. Animé par un désir de vengeance, celui-ci tombe dans la misandrie, l'autre face méconnue du sexisme. Selon cette vision des choses les hommes sont des salauds à punir en leur rendant la monnaie de leur pièce. Une des modalité de ce féminisme est la galanterie. La femme accepte et se plait à recevoir un traitement de faveur semblant inférioriser l'homme par rapport à elle ; l'égalité n'est donc pas de mise ici. Mais ce que les femmes souscrivant à la galanterie ne voient pas c'est qu'elle est misogyne puisque qu'il s'agit d'admettre et de reconnaître une faiblesse donc une infériorité de la femme par rapport à l'homme, seule raison pour justifier un traitement de faveur. La galanterie ne fait qu'entretenir la femme dans un statut inférieur permettant en même temps à l'homme de s'adonner à une fausse modestie et d'obtenir la reconnaissance de ces dames. La différence entre l'homme et la femme n'est jamais autant relevée que dans la galanterie.

De la même manière, le féminisme de ressentiment se manifeste aussi dans la demande d'abolition de la prostitution, considérée comme un esclavage de la femme par l'homme, en souhaitant punir les clients. Sauf que la cible est mal choisie. Ni les clients - souffrant d'une misère sexuelle engendrée par une vision romantique et idéaliste de l'amour qui ne peut-être applicable dans la réalité, ou fuyant un travail de séduction pouvant vite devenir un calvaire, ou tout simplement qui ne veulent ou ne peuvent pas se laisser aller à des sentiments intimes, souhaitant un détachement volontaire pour rester maître de soi-même comme c'était le cas pour Diogène de Sinope et Nietzsche, philosophes émérites - ni les prostitués - qui doivent pouvoir pratiquer un libre usage de leur corps (comme tout un chacun), même s'il s'agit-là d'une minorité - ne doivent être punis. L'interdiction de la prostitution volontaire n'aurait aucune raison d'être surtout si elle permet à chaque contractant d'y trouver son compte ; de la sorte, elle est à voir comme un échange de bons procédés. Et il est inutile de punir les prostituées contraintes qui essayent tant bien que mal de se sortir d'une misère sociale. Plutôt que de s'en prendre aux clients et aux prostituées, il serait préférable de se focaliser sur les responsables de cette misère et de ceux qui l'entretiennent. La cible à viser n'est donc ni la putain, ni le chaland, mais bien les maquereaux qui utilisent la détresse de certaines femmes pour y trouver un profit financier. Il ne faut pas non plus penser naïvement que seule la prostitution féminine existe. Si l'on est contre la prostitution, on l'est contre toute ses formes et pas seulement dans les limites des intérêts de la femme.

Hélas le vrai féminisme pâtit de ces deux pseudo-féminismes qui sont les plus couramment observés. Ils empêchent un féminisme digne de ce nom, c'est-à-dire le souhait d'une égalité en droit des hommes et des femmes. Parce qu'ainsi qu'il en est du racisme, le problème n'est pas la différence, qui existe belle et bien (les races humaines existent), mais ce que l'on fait de cette différence. Et la gommer, n'est certainement pas la solution. La théorie du genre qui veut supprimer le genre, dans le même état d'esprit avec lequel on a voulu supprimer le race pensant que cela mettrait fin au racisme, n'est qu'une sophisterie dangereuse risquant de semer des crises identitaires chez les individus. Un féminisme digne de ce nom reste donc à advenir, un féminisme qui ne changerait pas les femmes en hommes, qui ne souhaiterait pas se venger de celui-ci, ni même ne prônerait une égalité absolue niant le réel, mais un féminisme permettant l'émancipation de la femme sans entraver celle de l'homme, pensant la différence inévitable entre les deux, ni comme une erreur ou un défaut, ni comme un marqueur d'une supériorité de l'un sur l'autre justifiant une discrimination de genre.

L'homme n'est pas la femme ; la femme n'est pas l'homme. Jamais l'un ne sera l'autre. L'homme n'est pas l'avenir de la femme, pas plus que la femme n'est le sien. Aucun n'est supérieur à l'autre, pas plus l'homme, qui s'est permis de le penser pendant des siècles, que la femme, que la discrimination dont elle fut victime n'autorise pas à réclamer un retournement complet de situation pour se retrouver en haut de son oppresseur. Les deux doivent comprendre la chance qu'offre leur différence pour permettre une cohabitation épanouissante.