Dans la cosmogonie africaine, le terme "sorcier" a un sens polysémique dans la mesure où il désigne tout ce qui relève de l'exploit, de l'extraordinaire, de la magie. En outre, le concept de "sorcellerie" repose sur des croyances surnaturelles, en dehors de toute objectivité. Il y a deux types de sorcelleries :

 

- la sorcellerie donnée pour être bénéfique à la société et aux agents sociaux : celle du guérisseur, du marabout, qui soigne et guérit, peut rendre les personnes chanceuses et prospères... etc.

 

- La sorcellerie considérée comme maléfique : celle des "jeteurs de mauvais sorts", celle des "mangeurs d'âmes", celle à l'origine de toutes les calamités sociales.

 

Des présumés sorciers

 

Dès le départ, en #Afrique, la sorcellerie était un concept pour discriminer les albinos, les handicapés, bref, les gens différents. Le raisonnement est simple : dans l'imaginaire africain, on pense que si de l'extérieur, ces personnes sont différentes des autres, ils le sont aussi à l'intérieur, par conséquent, ils ne peuvent qu'être sorciers !

 

Élargissement de la liste des présumés sorciers

 

La liste des sorciers s'étend. En effet, dans l'inconscient collectif, on est pauvre, malade, et on souffre de son propre fait. On est malheureux, veuf, veuve, orphelin, orpheline, handicapé de son fait, parce qu'on a commis des fautes graves envers la société et les dieux, on est donc châtié. Par la pauvreté, la maladie, on purge la peine des infractions commises à l'endroit de la société. Les personnes âgées vivent longtemps parce que "tuent les plus jeunes pour s'abreuver de leur sang". Donc, tous les paumés sont des sorciers !

 

Le sorcier n'existe pas ! On le fabrique pour satisfaire son propre Ego

 

La sorcellerie en Afrique, c'est un artefact, un pure fantasme, un produit de la paranoïa. En effet, dans l'imaginaire collectif, il y a une catégorie sociale d'individus qui ne mérite pas le bonheur, la tranquillité, la bonne santé, et qui au demeurant, ne devrait même pas vivre. A l'opposé, il y a des gens qui, eux, doivent impérativement avoir droit à tout : la réussite, le bonheur, la vie, la longévité...etc. Par conséquent, ces ayants-droits, s'ils tombent malades ou meurent, on fait torturer ou on tue ceux qui ne méritent pas la santé, le bonheur, et la vie. Rien n'illustre au mieux la bassesse morale, que la croyance en la sorcellerie, tant tout est subjectif dans cette croyance rétrograde. Et pourtant, la sorcellerie est une infraction pénale.

 

L'incrimination d'une croyance immatérielle, purement subjective

 

Dans plusieurs pays africains, la loi pénale incrimine la sorcellerie alors que cette croyance est complètement surréelle et immatérielle. Elle est aux antipodes du principe de la légalité des délits et des peines. En outre, de présumés sorciers, en faits des innocents, croupissent en prison après des tortures, des actes de barbaries et des traitements inhumains et dégradants pour les plus chanceux. Pour les malchanceux, ils ont été purement exécutés. Sur le continent africain, la croyance en la sorcellerie est à l'origine de la maltraitance infantile et de la maltraitance gérontologique. Les auteurs de ces tortures jouissent d'une impunité totale, ils sont en liberté, alors qu'en matière pénale, leurs actes relèvent des crimes imprescriptibles. Là, où, en Droit positif, le droit pénal ne punit pas les intentions mais les faits, en Afrique, de pauvres innocents sont persécutés et tués sur la base de simples délires. Sans aucune preuve matérielle, si ce n'est à partir de l'ordalie qui transforme arbitrairement un paisible et honnête citoyen en bouc émissaire, puis en supplicié !

 

Une Croyance inconstitutionnelle et obscurantiste

 

En tout cas, tant que la sorcellerie sera incriminée en Afrique, il n'y a pas de république. En effet, on ne peut pas faire cohabiter la république et la croyance en la sorcellerie. Ce sont deux mondes opposés, parce que la république est fille de l'Esprit des Lumières. Tandis que la sorcellerie est du monde des ténèbres.

 

#Education #Justice