Parler d'une réalité (socio)linguistique est toujours problématique et se manifeste par la présence dans un même discours de deux langues ou plus, qui représente une situation de multilinguisme suscitant une source inépuisable d'interrogations et de recherche. On peut dire que dans un pays plurilingue, il est vraiment difficile d'imaginer des groupes d'individus dans un territoire parlant une seule langue. Cet état de fait rend la situation sociolinguistique du pays assez complexe. Et cette complexité est faite de pratiques de contacts, de conflits et de mélanges des langues.

 

Aborder une situation plurilingue particulière conduit à s'interroger de plus près sur le concept de "représentation", une partie centrale dans la manière de penser et d'interpréter une réalité comme l'acceptation ou le rejet d'une langue.

 

Conceptualisée par plusieurs domaines au sein des sciences humaines (sciences du langage, sociologie, anthropologie...), la notion de représentation est définie comme "le fait d'évoquer à l'esprit un objet, ce dernier est représenté sous forme de symboles, de signes, d'images, de croyances, de valeurs, etc." (Encyclopédie philosophique universelle, 1990, p 2239-2241). Il est vrai que l'origine du concept remonte à loin mais on peut dire que la dénomination de "représentation sociale" est née avec la sociologie d'Emile Durkheim. Ainsi qu'entendons-nous par "représentation sociale" ou "représentation collective"?

 

La représentation sociale est définie comme une connaissance ou un savoir sur quelque chose (un objet, une personne, un événement). Dans un groupe social, la représentation collective d'un objet par exemple correspond à des opinions et des croyances relatives à cet objet même. La représentation permet de comprendre les individus et les groupes en analysant la façon dont ils se représentent eux-mêmes, les autres et le monde.

 

Les représentations sociales, selon Durkheim (1898), connaissent un regain d'intérêt dans plusieurs disciplines des sciences humaines. Il abandonne, de ce fait, cette notion de représentation collective en essayant de comprendre le rôle que joue la production intellectuelle des groupes sociaux dans la pratique sociale. Pour Durkheim, la société est une réalité qui existe avec ses propres caractéristiques formant un tout, une entité originale qu'on ne retrouve pas sous une même forme dans l'ensemble de l'univers.

 

Dans l'optique de représentation sociale, Durkheim met l'accent sur cette idée de contrainte vécue par chaque individu au sein de son groupe : ce dernier, à partir des représentations (qui se matérialisent dans les institutions sociales au moyen de règles sociales, morales, juridiques) se voit contraint de suivre finalement une certaine manière de penser et d'agir.

 

D'autres chercheurs s'intéressent également à cette notion de représentation sociale en la présentant sous une approche qui valorise particulièrement l'activité cognitive du sujet. Nous avons à ce titre, Denis Jodelet qui dit : "Les représentations sociales sont des modalités de pensée pratique orientées vers la communication, la compréhension et la maîtrise de l'environnement social, matériel et idéel" (Jodelet, D, 1997, p 365). La représentation est donc un savoir socialement établi et partagé ayant pour objectif de construire une réalité commune à un groupe social.

 

Les représentations sont tellement présentes qu'elles orientent nos pratiques et régissent nos relations vis-à-vis des autres. Elles permettent finalement de construire sa propre identité, de se créer un rapport entre soi et et les autres et de concevoir des connaissances. Les représentations ne sont ni justes, ni fausses, ni figées d'ailleurs, dans la mesure où elles permettent aux groupes d'individus de s'auto-catégoriser ou de se faire une place en société.

 

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