L'Habitude de consignes "surprenantes"

Chaque année, au moment des corrections, qu'elles soient celles du baccalauréat ou celles du brevet des collèges, les enseignants reçoivent des consignes de correction ou des "recommandations". Et chaque année, ces adultes, décrits par notre Ministre comme de grands professionnels, se sentent totalement infantilisés par le biais de ces documents émanant de leur hiérarchie.

 

Ils y apprennent qu'ils doivent mettre leur note dans la case prévue à cet effet, et que cette note doit être motivée par une appréciation et des annotations claires qui prouvent que la copie a été lue. Sans doute a-t-on peur, quelque part dans les arcanes de quelque bureau, que surgisse le spectre de la correction au barème de l'escalier à vingt marches... A l'évidence, la crainte du Tribunal Administratif motive ces consignes. Mais elles révèlent tout de même un certain manque de confiance.

 

Ils reçoivent pour consigne, lorsqu'ils enseignent le Français, d'accepter toute orthographe d'un mot à partir du moment où en lisant à haute voix, on comprend ce qu'a voulu dire l'élève. Ils ont depuis quelques années l'habitude de cette bienveillance que certains nomment, au détour d'une salle des professeurs, démagogie.

 

La consigne qui fait mal

Mais cette année, l'académie de Besançon - nous n'avons pas eu de remontées d'autres académies - a mis la barre très haut en terme de défiance envers ces agents. En effet, écrits en gras, afin qu'ils se distinguent bien du reste du document de "recommandations" pour la correction du Brevet des Collèges, les enseignants ont pu lire ces mots :

Afin d'éviter des départs prématurés - correcteurs ayant corrigé l'intégralité de leur lot à midi - la Division des Examens et Concours n'ouvrira le serveur de saisie qu'à 15h le mardi 28 Juin 2016.

 

Afin que ceux qui ne fréquentent pas les salles de professeurs saisissent la portée de cette phrase. Imaginez le comité olympique disant à des coureurs avant un Marathon : ceux qui réaliseront les 42 kms environ en moins de cinq heures devront rester sur la ligne d'arrivée pour attendre les autres. D'aucuns trouveront la comparaison tirée par les cheveux : la correction de copies n'a rien à voir avec une course.

 

Lire aussi

 

Certes, mais qui sont ces personnes convoquées pour corriger le Brevet des Collèges ? Ce sont des enseignants qui font cela tout au long de l'année, souvent depuis des années. Ils savent tous en quoi cela consiste et s'ils sont convoqués, c'est souvent parce qu'ils le font bien, au moins avec honnêteté. Et surtout, ils sont tous différents. Il y a ceux qui ont besoin de lire une première fois la copie, puis de corriger toute la copie en mettant du crayon de papier un peu partout avec des annotations qui sont ensuite effacées. Il y a ceux qui corrigent par exercice - tous les exercices 1 puis tous les 2... Enfin, il y a ceux qui ont besoin d'une demi-heure pour évaluer une copie, d'en discuter avec des collègues pour atteindre une certitude, et ceux qui - j'en suis, je l'avoue - ont pris l'habitude de rendre les devoirs dès le lendemain de l'évaluation. Cette dernière catégorie a juste besoin de se concentrer et de ne pas relever la tête de ses copies pendant deux ou trois heures. Bilan, elle met en général deux heures de moins pour faire le même travail. Est-ce mieux ? Ces gens bâclent-ils leur travail ? Non, ils ont simplement un fonctionnement différent.

 

A lire

 

Depuis des années, les enseignants entendent, à juste titre, que tous les élèves sont différents. Depuis quelques années, on leur rebat les oreilles avec la notion de bienveillance. Mais en lisant cette consigne, les correcteurs de l'Académie de Besançon comprennent - s'ils ne le savaient déjà - que la bienveillance s'arrête à la porte de la salle des professeurs et que les fonctionnaires n'ont pas le droit d'être différents. Sinon, ils sont retenus même quand ils ont fini leur travail et finissent par faire celui des autres, les plus lents. Ne riez pas. Je l'ai déjà fait. Souvent. #Ecole #Education #Gouvernement