Les lois se multiplient avec une intention de bienveillance à propos du #Handicap. Mais est-ce de bienveillance dont ont besoin ceux qui n'ont pas choisi leur état?

 

Le handicap ne contribue pas à l'efficacité économique. Cela n'est jamais dit ainsi, mais on vous le fait vite comprendre. La logique de la double peine s'applique. Vous êtes victime de la nécessité des lois de la nature et ne pouvez aller contre. Et cela se redouble d'une exclusion sociale, quoi que l'on dise. Vous n'êtes plus concurrentiel, alors on vous jette au placard. Bien sûr, cela se comprend dans l'entre-deux des mots, l'interstice du dit et du non-dit. Mais l'exclusion peut avoir lieu de façon plus subtile : au nom de la morale.

 

La morale veille dans cet Etat de droit républicain qu'est la France. Il ne faut pas fumer dans les lieux publics, il ne faut pas mettre en circulation des sacs plastiques au nom de l'écologisme libéral, il ne faut pas stationner sur des places réservées aux handicapés, il ne faut pas... Intériorisée, la règle morale se transforme en "je dois", manifestant mon autonomie, "ma capacité à me donner la règle". En d'autres termes, ma liberté.

 

Je reviens au handicap. Nous vivons dans une société du regard, disait déjà Diderot. Pour Rousseau, le regard est source d'orgueil, de calcul, de concurrence... Si le regard n'était pas donné à l'homme, certaines règles morales seraient inutiles, précise Diderot. Pourrions-nous parler d'attentat à la pudeur par exemple ? La morale est relative à certaines valeurs mais aussi à certaines dispositions physiques.

 

Le handicap se voit, du moins quand il se manifeste par le corps. On retrouve alors dans le regard de l'autre cette compassion, qui est aussi la trace d'un dérangement. Il y a désordre, nous dit ce regard, même s' il y a un silence gêné. Désordre par rapport à quoi ? Un ordre institué par une société du regard, du spectacle, pour citer Guy Debord.

 

Dans une société où il faut montrer qui on est, où l'ostentatoire est défense paradoxale de l'intériorité, il est fréquent d'entendre dire : "il est handicapé, ce n'est pas de sa faute, il faut être gentil avec lui". Si on voyait sur chacun d'entre nous, le sens caché de ces phrases assassines, les rues resteraient vides. A trop défendre la morale, on sombre dans un moralisme rigide qui sépare et met à l'écart. Alors, on fait des lois pour éviter la brèche, mais elle est déjà entamée par la compassion gênée de ceux qui réduisent le souci d'autrui à leur propre souci de reconnaissance. La bienveillance, ce n'est pas la justice.

 

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