Cher Facebook,

 

Voilà déjà quelques temps que je m’interroge sur le bien-fondé d’une information que vous affichez sur mon profil. Selon vous, je serais suivi par 435 personnes, ce qui, vous en conviendrez, n’est pas sans provoquer en moi un je ne sais quoi qui pourrait très vite me précipiter dans de sombres pensées paranoïaques. En même temps, si une telle foule était en train de me suivre, je m’en serais rendu compte par moi-même, vous ne pensez pas ? Je veux bien croire que vous soyez à la pointe de l’information, mais de là à envisager que vous soyez en mesure d’apprécier ce que je n’ai pas même eu l’occasion d’apercevoir ...

 

435 personnes qui me suivent, ça doit provoquer quelques remue-ménages autour de moi, tout de même ! Et bien, vous me croirez ou pas, mais en ce qui me concerne, je n’ai pas même eu l’occasion de voir le début du commencement d’un bout de nez, et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé d’en surprendre au moins un !

 

J’ai eu beau emprunter des chemins de traverse, feindre d’aller à gauche pour me précipiter à droite, faire des volte-face à me démantibuler les cervicales, je crois bien que la seule chose que j’ai réussi à surprendre, c’est ma propre ombre qui fut à deux doigts de prendre ses jambes à son cou, tant il est évident que mon attitude a pu lui paraître inquiétante.

 

Alors, Monsieur #Facebook, je vous le dis comme je le pense, il semblerait que vous ayez quelques soucis d'appréciation, car ne vous en déplaise, j’ai poussé le vice jusqu’à aller déguster une pizza sur les Champs Elysées, sans qu’aucune pizzeria en soit pour autant assiégée. Si vous ne me croyez pas, je vous invite alors à vous rapprocher de notre talentueux Monsieur Patrick Bruel ! S’il existe, ici-bas, une personne qui sait ce que c’est d’être suivi par une foule, c’est bien lui, ça je peux vous l’assurer ! Etre obligé de faire intervenir les forces de l’ordre, pour s’extraire de la foule qui désire envahir le restaurant dans lequel on dîne, est certainement le témoignage qui vous manque pour comprendre qu’en ce qui me concerne, il est plus que probable que votre information soit des plus erronées.

 

Ne croyez pas que je prenne plaisir à vouloir remettre en question la moindre de vos informations communiquées, mais qu’en est-il aussi de ces 2290 personnes, qui, selon vous, composeraient mon cheptel d’ami(e)s ? Sauf leur respect, je crois bien que je pourrais en reconnaître, tout au plus, une petite cinquantaine si je les croisais au coin d’une rue. Et en disant cela, faudrait-il encore que de leur côté, ils puissent me rendre la pareille ! Il est fort probable que pour une bonne moitié d’entre eux, je reste et je resterai un mec à qui ils ont adressé un timide : "Bonjour !", sans pour autant pouvoir mettre un nom sur ce visage qui leur dit quelque chose, mais qui en dit cependant pas assez pour qu’ils puissent être convaincus de ne pas le confondre avec celui du gars qui est venu livrer leur dernière machine à laver le linge.

 

En fait, à bien y réfléchir, ce n’est pas tant l’information que vous communiquez qui pose problème, mais plutôt la manière avec laquelle vous semblez vouloir nous convaincre que la locution connue de tous, "il faut appeler un chat, un chat", n’a plus raison d’être dans le monde virtuel qui nous entoure. Cependant, monde virtuel ou pas, ne pensez-vous pas que nous aurions tout à gagner à reconquérir quelques-uns de nos fondamentaux, comme par exemple, la bien nommée "honnêteté intellectuelle" ?    

 

Pour ce faire, je vous propose deux nouveaux libellés qui pourraient venir remplacer ceux initialement choisis par vos soins. En lieu et place de : "435 personnes vous suivent", nous pourrions dorénavant avoir : "435 personnes vous suivent à l’insu de leur plein gré, faute de n’avoir pas su décocher cette option sur leur profil". Et pour ce qui est du terme "ami(e)s" que diriez-vous de : "Personne, a priori bien sous tous rapports, en quête d’une relation amicale à confirmer" ?

 

Cordialement,

 

A.R #Humour #Société