« #Daesh musèle les femmes » ; « Dans le califat d’Isis, les femmes sont esclaves, tabassées, humiliées, fouettées ». Le ministère étasunien des Affaires étrangères vient de lancer une nouvelle campagne d’affichage, et surtout de diffusion de vidéos sur les réseaux sociaux, pour tenter de contrebalancer la propagande du califat islamique. Plus de 14 millions d’euros y seront consacrés sur un an. Ce n’est pas une innovation, mais le budget a triplé

Auparavant, les campagnes de contre-publicité adoptaient un ton caustique, sur le mode du « allez-y au plus vite, ce ne sera pas si cher car vous n’aurez pas besoin de billet de retour », accompagnant des images de missions suicides, de mosquées détruites, de décapitations de musulmans. Ou pointaient par exemple la Rollex du « calife » al-Baghdadi alors qu’il prêchait contre les USA, « idole du capitalisme ». Il a été depuis estimé que ce type d’approche était caduc. « C’est comme combattre un goret dans la fange… les cochons adorent qu’on se salisse », avait estimé Michael Lumpkin, du ministère américain de la Défense. 

Une approche plus « sentimentale »

 

La nouvelle approche consiste à signer les campagnes sans référence aux États-Unis, en coordination avec les Émirats arabes, qui cofinancent. Elle s’inspire d’une étude libanaise sur la diversité des motivations des candidats au djihad (du goût de l’aventure à la quête d’une rédemption en passant par l’appât du gain, la mise à disposition de jeunes filles, &c.).

 

L’accent est aussi mis sur la peine infligée aux familles des candidats au djihad, sur les lamentations des mères, des petites sœurs, des proches. Des imams sont aussi recrutés pour prêcher la tolérance et le vivre-ensemble dans les pays d’autres cultures que musulmane.

 

Une attention particulière vise les jeunes filles qui tentent de rejoindre le califat pour trouver un conjoint (qui leur est assigné d’office) et favorisent le recrutement des combattants désirant une épouse se comportant en « vraie musulmane ».

 

On peut s’interroger sur l’efficacité de telles entreprises. Depuis décembre dernier, par rapport à juin 2004, le nombre de volontaires ayant rejoint la Syrie depuis l’Europe, a pratiquement doublé. Le flux s’est tari plus récemment, du fait des difficultés accrues à rejoindre le califat, et des consignes données de se livrer à des attentats de proximité (en France, du type Nice ou Saint-Étienne-du-Rouvray) sans attendre une approbation préalable.

 

Aucune secte millénariste, quelle que soit la religion à laquelle elle se soit rattachée, n’a eu cure des avis des divers clergés. C’est particulièrement vrai des islams, qui, hormis l’iranien chiite, ne connaissent pas de réelle hiérarchie centralisée, si ce n’est celle d’un mahdi cumulant les rôles de chef de guerre et de guide spirituel. Les sectatrices adolescentes restent insensibles aux témoignages des repenties : si elles ont échoué et renoncé, c’est qu’elles n’étaient pas assez « pures » ou capables. Quant aux jeunes gens candidats au suicide et à une immédiate célébrité, qu’ils soient djihadistes, politisés autrement (ainsi Breivik et son émule munichois), ou tueurs de masse, leur credo du moment est souvent opportuniste.

 

Convaincre surtout les peu convaincus ? 

Le site gouvernemental français Stop-Djihadisme (gouv.fr) dénonce les techniques de manipulation mais relève que « chaque situation reste spécifique ». Europol mobilise aussi 17 personnes et s’efforce de trouver des relais, « des gens influents souhaitant s’exprimer ». YouTube favorise la visibilité des vidéos de contre-propagande. Mais il semble qu’en fait, le seul résultat soit d’atténuer les critiques des personnes considérant que les gouvernements, les autorités religieuses, &c., n’en font jamais assez en matière de lutte contre le #Terrorisme islamiste. On peut se demander si cette nouvelle campagne d'une administration Obama sur le départ ne vise pas aussi l'électorat d'un Trump brandissant la menace islamiste et de prétendues solutions radicales.  #Etats-Unis