A Aubervilliers, il y a des sans-papiers. Banale la situation. Ils se sont envolés, ont ramé, sont arrivés, là. On les voit du côté des gares. Ils sont la main d'oeuvre bon marché. On les fait travailler pour pas cher, en dehors de toute législation. J'ai croisé des marchands de sommeil. Depuis que la collocation se développe, facile d'héberger pour améliorer les fins de mois, des hommes et des femmes dont l'errance est le mode d'être.

 

Errance engendre fluctuation des repères, désorientation. Une jeune femme marche à moitié nue dans la rue. Ses seins débordent. Elle cherche de l'alcool, de la drogue. Au service social, on s'en fiche. Pour s'en occuper le principe est qu'elle doit venir spontanément. Du Freud bien trop vite digéré. Pour l'instant, elle sourit, crie. On a l'habitude à Aubervilliers.

 

Il y a aussi cet homme qui a faim. Il veut que je lui achète à manger. Puis cet homme qui dort avec une couverture devant la mairie. Les pauvres sont nombreux. Il y a une pornographie de la misère. On la montre, on l'exhibe à des fins électorales et elle sait aussi se montrer, tirer profit de la situation. L'homme qui a faim calcule. Il ne cherche qu'à s'en sortir. Au nom de quelle morale le lui reprocher? Il sait focaliser l'attention. Il n'y a rien en lui qui respire le luxe du superflu. Tout appartient à la nécessité, aux besoins à satisfaire. Renvoyer l'homme en deçà des désirs, là où le besoin est maître, c'est laisser ouverte la porte de l'égoïsme. Question de survie.

 

Certains hommes, certaines femmes se sentent exclus de la ville. Ils sont dans le silence, leurs soucis, ils les cachent. Ils refusent ce jeu ostentatoire du misérable. Certains veulent garder la tête haute. Ils ne veulent pas de cette caricature du pauvre. Le pauvre est celui que l'autre juge ainsi. La force de la pensée permet aussi aux démunis de la possession, de dire, parler, comprendre. Ils peuvent aussi imaginer une autre solution à cet assistanat qui est fait et reçu bien trop souvent à contre-coeur. La misère du service social c'est cette misère mal comprise.

 

Accueillir sans égards des familles qui sont pauvres, c'est estimer qu'elles sont toutes demandeuses d'assistanat. Et on leur fait payer l'addition. J'ai vu la violence verbale et psychologique des spécialistes de l'accueil. Regard qui en dit long. Soupir d'aise inconscient devant ce à quoi elles ou ils ont échappé. L'assistanat c'est la dette à vie. On vous le fait vite comprendre. C'est aussi une manne électorale. C'est aussi un discours démagogique qui joue sur les sentiments. Cela s'appelle manipulation.

 

Le soir du match, j'ai compris l'accablement de l'équipe de France : croire en la victoire, c'était porter aussi tout ce désespoir, pour un moment, le faire oublier. C'était trop lourd.

 

L'attente angoissante du match

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