Qandeel Baloch (Fouzia Azeem de son vrai nom) était une jeune femme pleine de vie, qui aimait le cinéma, le chant, la danse, et la photographie. Très active sur les réseaux sociaux, elle affichait sa beauté et son goût pour la mode sur Instagram. Ses followers appréciaient son franc-parler, ses discours féministes, sa façon de défier les islamistes radicaux en revendiquant son mépris pour la censure et le patriarcat toujours en vigueur au Pakistan.

 Dans les vidéos qu'elle postait sur Youtube, Qandeel s'insurgeait contre la misogynie et pointait du doigt les dysfonctionnements de son pays, notamment dans le domaine des relations hommes-femmes. Cette liberté de parole et de pensée lui aura été fatale. Qandeel Baloch est morte le 15 juillet 2016, étranglée dans son sommeil par son frère. Elle avait 26 ans.     

Depuis ce monstrueux "crime d'honneur", la mère de la jeune femme s'est exprimée et son verdict est sans appel : elle prend parti pour sa fille défunte, contre son fils assassin. 

 Doublement meurtrie, Anwar Wai n'en est pas moins déterminée : elle demande justice pour Qandeel, et réclame une sanction exemplaire à l'encontre de son fils Muhammad Wasim. Un fils qui, selon elle, a subi l'influence d'amis radicaux. "Ils l'ont rendu fou furieux, ils lui ont dit qu'elle déshonorait notre famille", déclare-t-elle à l'AFP. Toutefois, ce n'est pas à ses yeux une raison suffisante pour excuser le geste ignoble de son fils. Au Pakistan, les responsables d'un "crime d'honneur" échappent fréquemment à la prison. Il suffit pour cela d'un arrangement à l'amiable, assorti d'une somme d'argent.

 Mais, pour Anwar Wai, il n'est pas question que Muhammad Wasim échappe à ses responsabilités. Elle a refusé la conciliation, afin qu'il soit traduit en justice et réponde de ses actes devant un tribunal. D'autant plus que le jeune homme n'exprime pas le moindre remord, bien au contraire. "Je n'éprouve aucun état d'âme pour ce que j'ai fait", affirme-t-il avec aplomb lors d'une conférence de presse organisée par la police.

À l'instar de Qandeel Baloch, des centaines de femmes sont assassinées chaque année au Pakistan pour des questions d'honneur.

 Dans la province du Pendjab, où vivaient la jeune femme et sa famille, les "crimes d'honneur" portent un nom particulier : le kalo kali. Au nom de cette loi primitive, un homme est autorisé à tuer son épouse, sa fille, sa soeur, sa mère ou une autre femme proche de lui si celle-ci s'est comportée d'une manière qu'il juge déshonorante. Il peut s'agir du port d'une tenue prétendument indécente, d'une relation avec un homme dont la famille ne veut pas, d'une liaison homosexuelle, d'un adultère... la liste n'est exhaustive.

 Plus sordide encore, la victime d'un viol est elle aussi susceptible de subir la loi implacable du kalo kali, si les hommes estiment qu'elle a par son comportement éveillé les pulsions de son ou de ses violeurs.

Qandeel Baloch ayant acquis une certaine notoriété, son meurtre a été médiatisé. Mais combien de femmes victimes de "crimes d'honneur" meurent dans l'indifférence générale ?

 Le premier ministre pakistanais, Nawaz Sharif, a promis de régler définitivement le problème. L'avenir nous dira si cette promesse est tenue. En attendant, Anwar Wai espère que les choses changent. Pour sa fille. Pour toutes les victimes. Pour celles qui ne peuvent s'exprimer sans susciter la colère des radicaux et risquer leur vie. Muhammad Wasim trouvera certainement du soutien auprès des hommes de son acabit mais, ce qui est certain, c'est qu'il n'obtiendra pas celui de sa mère.

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