La saison "estivale" d'urgence devait se terminer ce soir-là. Commencée le 10 Juin avec le match d'ouverture de l'Euro 2016 (France-Roumanie), elle s'achevait sans trop de dégâts, excepté un couple de policiers tués et une finale France-Portugal perdue quelques jours plus tôt, le dimanche 10 Juillet, par le pays hôte au Stade de France. La victoire de la Seleçao de Cristiano Ronaldo sur les Bleus menés par Antoine Griezmann avait certes laissé un goût amer dans l'Hexagone, mais, bon, ouf, on pouvait pousser un soupir de soulagement: après tout, ça ne s'était pas trop mal passé dans les "fan zones", les bars, les rames de métro et autres lieux à risque. Et déjà, on était en plein Tour de France, et les JO allaient bientôt se dérouler, loin d'ici, à Rio. Il ne nous restait plus qu'une étape à franchir: les festivités du 14 Juillet, et après... vive les vacances !

 

Ce 14 Juillet, nous étions avec quelques amis "parisiens", confortablement installés sur une terrasse du 16ème arrondissement, au 8ème étage, face à la Tour Eiffel. Verre de champagne ou de rosé à la main, le feu d'artifice aux premières loges ! Un seul bémol noté non sans appréhension : nous étions 13. Le spectacle dura 35 minutes, à l'issue desquelles une épaisse fumée noire couvrit les pieds de la Dame de Fer. Inquiet, je demandai à une des amies présentes de regarder les infos sur son smartphone. Et là, la nouvelle tomba, implacable : "Attentat à Nice , sur la Promenade des Anglais, un camion a foncé dans la foule, des tirs, plusieurs dizaines de morts, une centaine de blessés, beaucoup d'enfants parmi les victimes".

 

C'était donc arrivé. L'été meurtrier. Pas à Paris, pas autour des matches de football, mais durant les prolongations, là où on s'y attendait le moins, frappant des familles entières qui déambulaient, les enfants si heureux de pouvoir rester éveillés tard pour assister au feu d'artifice. Nice n'a pas été une fête, à l'instar de Paris. "Le bacille de la peste ne meurt ni ne disparait jamais... il demeure enfoui au fond des tiroirs... dans les mouchoirs... pour réapparaitre un jour au malheur des hommes" (Albert Camus).

 

Après le départ de mes amis, je demeurai longtemps silencieux et méditatif, devant la Tour Eiffel triste, jusqu'à ce qu'elle cessât de clignoter et qu'elle se figea, tous feux éteints. Quelques heures auparavant, François Hollande avait proposé la fin de l'état d'urgence mis en place à la suite des attentats du 13 Novembre, pour le 26 Juillet. Je m'en voulais d'avoir été si bien protégé, pendant que tant d'enfants étaient massacrés. Daesh avait promis des rivières de sang pour l'Euro... La saison "estivale" d’urgence a été prolongée.

  

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