Après chaque événement un tant soit peu marquant, les faits-diversiers font la tournée des voisins, des proches, des témoins… Il en ressort un portrait des protagonistes et dans le cas de l’attentat de Nice, celui du Tunisien semble des plus surprenants. Certes, il peut être avancé que, par trois fois, des prêcheurs de Daesch ont recommandé d’utiliser un véhicule pour tuer des "mécréants". Mais il est difficile d’imaginer que Mohamed Lahouaiej Bouhlel se soit converti à l’islamisme le plus radical et violent ces jours derniers.

 

Nick Fagge, du Daily Mail, Claire Hache et Michel Bernouin, de L’Express, et d’autres, ont rencontré voisins, cousins, et natifs de Msaken (proche de Sousse) résidant à Nice. Tous les témoignages concordent : l’homme, 31 ans, n’observait aucun des interdits de l’islam, n’avait jamais été vu dans une mosquée ou en train de prier. C’était un violent, qui se droguait à l’occasion, battait sa femme, Hajer Khalfallah, qui l’avait quitté voici deux ans ; leur divorce allait être bientôt prononcé.

 

Récemment, il était apparu dépressif, à la suite de son licenciement. Chauffeur-livreur, il s’était endormi au volant, provoquant des dégâts matériels à quatre autres véhicules.

 

Père de trois enfants, il se préoccupait peu de sa famille et menait une vie dissolue. Il avait été interpellé par la police le 27 Janvier dernier à la suite d’une altercation. Il avait aussi été dénoncé pour de petits larcins. Au total, son casier judiciaire comporte cinq mentions. Selon l’un de ses cousins et voisins, Wissam, natif de la même localité, il aurait, rapporteNT Nick Fagge et L’Express, émis une inquiétante réflexion jeudi dans la soirée. Une connaissance lui ayant jeté qu’il "ne valait rien", Bouhlel aurait répondu "un jour, tu vas entendre parler de moi…".

 

Il est certain que son acte avait été prémédité puisqu’il avait loué un camion quelques jours auparavant, qu’il avait acquis une arme de poing et trois autres, factices. Les divers éléments recueillis par la presse font davantage penser à un tueur de masse, à l’américaine, voulant en finir dans une action d’éclat, qu’à l’œuvre d’un converti de très fraîche date au djihadisme. C’est d’ailleurs peut-être pourquoi la radio de Daesch, surnommée "la voix du califat" n’a toujours pas salué en héros l’auteur de cette tuerie de masse.

 

Toutefois, des témoins présents sur la promenade des Anglais affirment avoir perçu Bouhlel crier "Allahou Akbar". Tout policier, magistrat ou chroniqueur judiciaire se méfie de la qualité des témoignages à chaud, surtout en des circonstances similaires.

 

Par ailleurs, Bouhlel, s’il était radicalisé, ne pouvait ignorer qu’il ferait des victimes musulmanes de rite sunnite : certes, le califat n’est pas avare de victimes collatérales, qualifiées de martyres, mais la plupart de ses attentats sont mieux ciblées, visant par exemple des quartiers chiites, des lieux fréquentés par des touristes… On se souvient, lors de la tuerie sur une plage tunisienne, en Juin 2015, que l’assassin, Seifeddine Rezgui, épargnait ses concitoyens…

 

Néanmoins, tout comme de nombreux jeunes hommes de culture musulmane au passé délictueux, Bouhlel aurait pu s’imaginer que commettre un attentat pourrait le "racheter" et lui valoir le paradis promis par le califat et d’autres organisations djihadistes. Et leurs convertis n’ont guère besoin de l’approbation préalable de leurs mentors pour passer à l’action.

 

Il semble difficile de tirer une conclusion définitive ou d’envisager des prolongements. Mais l’efficacité effroyable du procédé pourrait, hélas, susciter des émules un peu partout dans le monde. #Daesh #Attentat de Nice #PrayForNice