En 2013, une croix gammée taguée en plein milieu d'un terrain de jeu a poussé les habitants de Schöneberg, quartier populaire de Berlin, à s'armer de bombes de peinture pour lutter contre l'intolérance.

 Ibo Omari, membre du collectif "Les héritiers culturels", a usé de ses talents de graffeur pour recouvrir ce triste symbole. Mais il ne s'est pas arrêté là : ses amis et lui ont poursuivi et développé cette initiative, en imaginant diverses façons de détourner l'emblème nazi. Mises en ligne, leurs créations ont séduit bon nombre d'internautes.

Le mouvement PaintBack a alors pris de l'ampleur, et la peinture sur croix gammée est devenue l'une des activités favorites des jeunes du quartier.

 Philipp, adolescent berlinois, s'est ainsi découvert une véritable passion pour le street #Art. Recouvrir les croix gammées de dessins drôles ou poétiques est pour lui un moyen d'affirmer ses convictions. 

 Soucieux de l'image que la capitale allemande renvoie au reste du monde, le jeune homme déclare avec force : "Je ne veux pas que les touristes pensent que Berlin est une ville fasciste. C'est une ville ouverte sur le monde, et les nazis n'ont rien à faire ici." À travers le mouvement PaintBack, Philipp et les autres graffeurs clament leur refus de l'intolérance, leur mépris pour la doctrine nazie et ceux qui continuent de la propager.

Mais il n'est pas seulement question de révolte : selon Ibo Omari, il s'agit également d'amour.

 "On ne se contente pas de recouvrir ces messages de haine", explique le graffeur, " on y répond, avec impertinence, humour, parfois peut-être de manière infantile, mais toujours avec du beau et beaucoup d'amour." 

 Malgré cela, certains demeurent hermétiques à cette belle initiative. Quelques habitants réfractaires ont reproché aux artistes de recouvrir ce qui, au fond, n'est qu'un symbole sanskrit. Un argument qui fait bondir Ibo Omari : "Franchement, si en 2016 il y a encore des gens pour qui la croix gammée n'est rien d'autre que le symbole sanskrit du bonheur et de la paix, c'est qu'ils n'ont vraiment rien compris." Toujours est-il que les rues de Schöneberg sont aujourd'hui ornées de sympathiques graffitis, véritables manifestes contre une idéologie dans laquelle les jeunes allemands ne se reconnaissent pas. #Racisme #Société