Lorsqu'on perd l'un des nôtres, parfois très rapidement, que rien n'a été préparé et qu'on fait face subitement à l'inconnu, on fait confiance de suite à son notaire. L'homme de #Loi qui connait normalement la #Famille, qui sait écouter et conseiller, nous aborde, tel un psychiatre, qui accueille les confidences de ses clients. Il incarne celui qui a les réponses. On se repose sur ses connaissances. Il incarne cette balance de la #Justice que lui seul sait harmoniser entre les héritiers de manière mesurée et irréprochable. Peiné de la perte d'une personne chère, fragile de cette disparition parfois soudaine, nous espérons, nous acceptons naturellement ce panonceau qui nous sécurise dés le premier coup d'oeil.

 

Seulement, cette séparation avec l'être cher demande de régler le partage de ses biens, mais aussi ses meubles et bien sûr ses dettes. Un frère, un oncle, peut-être encore une soeur et autres, et le tout se retrouve face au costume de la loi dans l'attente d'un partage équitable car chacun mérite autant que l'autre. Cette figure du gnomon ne quittant pas les lieux de la rencontre, vidant les coffres de rien puisque rien n'a été déposé et prévu par le défunt. Le notaire doit mettre en place des propositions. Des suggestions de répartitions parfois étranges et originales sont lues. Dans ce panaché de jargon, des lois font défaut à nos questions les plus simples tellement c'est gros, illégal et déloyal. Voici l'escalade qui prend forme.

 

Et là, l'oppression vous fait chercher la faille, car lors de l'annonce d'un projet on reste sans réponses, non de douleur mais d'incompréhension et d'horreur. La maison se fragmente, les comptes s'appauvrissent, on donne, on cède à des proportions inégales. Bref on ne cherche plus qu'à se sauver et petit à petit on quitte notre couverture de confiance. On s'interroge sur le bien fondé et bon vouloir du gnome qui n'arrive pas à nous parler de loi correctement et qui hésite, nous réprimande.

 

En effet, on s'aperçoit que celui-ci nous prend a part pour nous demander, dans une brève accalmie, de céder sur un point, puis deux et encore trois, pourquoi pas quatre car vous seul apparemment comprenez tout de la situation. On fait appel à votre empathie pour saisir combien votre cher proche est moins que vous-même. Ainsi, votre semblable, qui était à côté de vous, n'est plus qu'une personne transformée en cafard, devenue terrible et ravageur à la vue de l'argent, et votre notaire essaie de sauver les meubles à tout prix, pour éviter le tribunal certes, sans omettre de se frotter les mains au passage.

 

Mais surtout, il a un faible pour celui-ci et il s'apprête à vous rendre la vie impossible dans sa mission, ses promesses. Alors on vous manipule insidieusement. On tente a vous faire fléchir. On essaie de vous faire croire un tas de choses auxquelles vous n'avez jamais songé. Car pour vous, c'est très simple. vous souhaitez un partage juste, faire votre deuil, poursuivre votre route seul et en famille, en se consolant réciproquement d'un silence pesant que le souvenir habite fréquemment.

 

Et bien non ! Petit à petit vous vous apercevez que votre notaire prend parti. Et vous, vous vous retrouvez seul face à des problèmes inconsidérés et béats. Vous, vous attendez que l'on vous aide car vous ne bénéficiez de rien, ni du bien, ni de part, ni d'argent mais surtout ni de paix. Par contre, on vous charge crûment car vous êtes vu injustement comme le pire puisque vous n'acceptez plus. Molière a écrit "Que maudit soit le bec cornu de notaire qui me fit signer ma ruine". Le meilleur conseil est la prudence, mettre en pratique son discernement rapidement, sans hésitations et se garder de toutes précautions qui tracent son naufrage. Eloigner sa mémoire des jours heureux car le supplice vous guette, malheureux !

 

Agnés Courdavault-Duhamel

Et soudain tout change