Ce n’est qu’à l’approche des journaux télévisés de 20 heures, ce mardi 26 juillet, que le nom d’Adel Kermiche, le principal assassin du curé de Saint-Étienne-du-Rouvray a fini par être divulgué. C’était sans doute un secret de Polichinelle pour toute la presse française, qui pouvait obtenir très rapidement ce patronyme de confrères de la Tribune de Genève. Les journalistes suisses avaient en effet mené un entretien avec la mère de d’Adel Kermiche et les voisins de la rue Nicolas Tesla.

 Mais il semble que des consignes aient été données. D’une part, sans aucun doute, pour protéger la famille, dépassée par les actes du jeune homme. Aussi, certainement, pour ne pas alerter trop vite d’autres proches, des amis susceptibles d’avoir été au courant du projet criminel.

Une page Facebook équivoque

 Peu importe. Et peu importe si cet Adel Kermiche n’est pas celui dont la page Facebook, celle d’adel.kermiche.3, encore accessible ce soir, révèle la mentalité de ces djihadistes improvisés, qui passent à l’acte à la sauvette. On trouve sur la page cette blague à peu près bien orthographiée : « la différence entre un curé et un sapin de Noël ? Ils ont tous les deux des boules qui leur servent à rien ». Tout le reste témoigne d’un humour potache, mais aussi d’interrogations confuses sur la #Religion.

 Exemples ? « si tu croi en dieu ce que t croyan si il te repond c que t skisso ». « pourkwa les gens sorte de la messe ? pesque jesus kri ! ». Ces messages datent de 2010-2011. Pas de signe de radicalisation

 Oui, mais, pour l’Adel K., l’égorgeur, cinq ans plus tard, il y a deux tentatives de rejoindre Daesch en Syrie, et un net prosélytisme. L’une de ses connaissances confie à présent à RTL qu’il lui aurait dit « je vais attaquer une église », cela voici deux mois, au sortir de la mosquée locale dont l’imam entretenait des relations suivies avec le curé au sein d’un comité interconfessionnel diocésain.

La surenchère de François Bayrou

 François Bayrou a évoqué, sans doute un peu vite, « une mosquée salafiste » et la présence d’une « communauté fanatisée ». C’est assurément exagéré. On veut croire que le copain ayant recueilli la confidence d’Adel Kermiche a vraiment pensé que ce dernier exagérait et que l’imam n’a pas jugé nécessaire d’alerter les autorités sur l’état d’esprit de celui qui continuait à fréquenter sa mosquée.

 Après chaque attentat, diverses personnalités religieuses musulmanes se récrient. Kamel Kaptane, imam lyonnais, a clairement déclaré : « c’est à nous, musulmans, à prendre nos responsabilités ». Il souligne la nécessité de « faire le ménage », sous-entendu entre une secte millénariste assassine, et les diverses obédiences musulmanes…

Les dirigeants religieux condamnent l'acte

 C’est ce qu’on fait, ou ont fini par faire, soit volontairement, soit contraints, la plupart des imams algériens à l’époque des exactions du Groupe islamiste armé (GIA). Mais il n’est jamais question, pas davantage au Qatar qu’en Jordanie, dont les dirigeants ont dénoncé un « crime sordide », qu’au Maroc dont le souverain compose avec les islamistes du Parti de la justice, de toiletter la doctrine. Or, même si Daesch qualifie les sunnites traditionnels d’apostats, les chiites d’hérétiques, ces jeunes gens radicalisés se prévalent toujours d’appartenir à une communauté plus large…

 On notera que le Vatican ménage ses dissidents qui en appellent à l’expulsion de tous les musulmans des pays d’Europe, et que cette nouvelle atrocité conforte. Il ne suffit plus de dire, comme l’archevêque de Rouen, « pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Adel K. et A. B. ne savaient sans doute pas ce à quoi ils aspiraient, mais ils ont fini par agir de sang-froid. Ils sont des centaines, des milliers… Et il devient urgent que l’islam prononce leur « excommunication ». Tout autre demi-mesure n’est plus de mise. C’est trop tard ! #Terrorisme #Daesh