La vie réserve parfois des surprises. Le jour de Noel 1994, Marie apprend que son amour de jeunesse, retrouvé par hasard, lui a transmis le virus du #Sida. Portrait d'une femme digne et sereine. 

 

Marie* est une femme amoureuse. A 58 ans, elle vit une véritable passion avec Jean-Pierre, un amour de jeunesse croisé quelques mois plutôt dans un bar du centre ville. "Quand on s'est revu, je lui ai sauté dans les bras !", raconte-elle avec nostalgie. Fou amoureux, le couple décide de s'installer ensemble

 

Un bonheur sans ombrage jusqu'à ce jour de Noël 1994. "Je vivais avec Jean-Pierre depuis six mois. Il était souvent malade et rentrait du travail anormalement fatigué. J'étais inquiète pour lui, j’ai senti que quelque chose n’allait pas". Marie décide de s'occuper de son ami, elle demande à son médecin traitant de lui prescrire un bilan complet. Jean-Pierre se rend au laboratoire d'analyses médicales pour y faire une prise de sang. Deux jours plus tard, c’est la douche froide : Jean-Pierre est séropositif. Le lendemain, Marie se rend à l’hôpital pour faire son test. Le verdict tombe, elle aussi a contracté le virus.

 

"Je ne lui en veux pas"

 

Avant de rentrer en France, Jean-Pierre, héroïnomane, menait une vie de débauche aux États-Unis, qui se conclut par une crise cardiaque. "Il est parti très vite, je n’ai pas eu le temps de lui dire au revoir, je ne lui en veux pas". Dorénavant seule, Marie doit poursuivre le combat.

 

"Rassurez-vous, vous êtes sauvée"

 

Marie doit lutter contre les préjugés. "Il y a 15 ans, le VIH était la maladie des homosexuels, des drogués ou des prostituées, j’avais l’impression d’être impure". Très vite, la jeune femme est prise en main par l’équipe médicale. Elle se lie d’amitié avec le médecin qui la suit. Il lui remonte le moral en lui apprenant qu’il existe un traitement efficace : "Rassurez-vous, vous êtes sauvée". Une chance d’être née à l’époque où la médecine a fait beaucoup de progrès. "J’ai mis plusieurs année à accepter, mais avec les médicaments, j’arrive à avoir une vie normale. Je vieillis comme n’importe quelle femme".

 

Pourtant, Marie supporte de moins en moins les effets secondaires des médicaments. Elle prend beaucoup de poids. Pour cette femme coquette, c’est un coup dur. Elle sombre alors dans une longue dépression. "Je voyais tout en noir. Le traitement était trop lourd, un jour tu diminues d’un cachet puis tu finis par tout arrêter". Par amour pour son fils, elle se reprend en main. "J’avale mes 8 comprimés par jour et je fais attention à mon alimentation, je prends la vie du bon côté".  

 

A l’époque esthéticienne en institut, Marie est contrainte d’arrêter de travailler pour se soigner. Elle vit aujourd’hui de l’allocation Adulte Handicapé et touche 850 euros par mois. Avec un adolescent à charge, les fins de mois sont difficiles. Elle envisage de reprendre une activité professionnelle à son compte qui lui permettrait de retrouver du lien social. Si le VIH l’a freiné, elle se sent prête à vivre une nouvelle histoire d’amour.

 

* Nom d'emprunt

 

Sida, 32 milliards de dollars annuels pour enrayer l'épidémie en 2030.

La dangereuse banalisation du VIH #Femmes #Société