Hier, dimanche encore, se connecter au site de Zaman France exposait à télécharger un logiciel espion, le même setup3.exe dont nous avions, sur Blasting News, signalé l’irritante persistance. Auparavant, le site avait été hacké et rendu inaccessible. Mais ce n’était que l’écume des menaces que subissaient, et subiront, les visiteurs et les abonnés de l’hebdo franco-turc. Sa disparition découle d’un véritable arrêt de mort lancé par les autorités turques et les milices du parti d’Erdogan, l’AKP. Le prétexte de cet harcèlement est que le titre, tout comme ceux de diverses éditions internationales franchisées, découle de celui du quotidien turc interdit, Zaman, dont les journalistes ont été arrêtés sous l’inculpation de terrorisme car désignés liés au mouvements Fetö (Fetullahçi Terör Örgütü’nün, l’organisation terroriste de Fethullah Gülen) et Hizmet (Service), la branche éducative et sociale s’inspirant des préceptes du prédicateur dont la #Turquie exige l’extradition des États-Unis.

La rédaction de Zaman France, mais aussi ses abonnés et lecteurs, font l’objet d’incessantes menaces de mort. En Turquie, plus de 130 publications, organes de #Presse ou maisons d’édition ont été fermés, leurs collaborateurs, mêmes occasionnels, arrêtés, ainsi que parfois leurs parents, et tous leurs biens confisqués.

 

Emprise totalitaire

On ne sait si la Turquie, comme elle l’a fait pour les écoles ou titres de presse Hizmet à l’étranger, en divers pays, a exigé des mesures de fermeture du gouvernement français. Il est patent que les services français n’ont que peu ou rien fait (ou pu faire) pour contrer les attaques visant Zaman France, mais aussi les parents d’élèves des deux écoles et du centre culturel Hizmet de la région parisienne. La rédaction de Zaman France ne désigne pas précisément les "relais en France" qui agitent "le chiffon rouge de la haine". Il fut un temps où les services turcs pouvaient en quasi-totale impunité se livrer à la chasse aux Kurdes en France, procédant à des exécutions restées pour la plupart impunies. En France, "des centres culturels (…), des écoles, des commerces ont été la cible d’incendies, de descentes punitives (…), d’appels au boycott et (…) au meurtre", poursuit la rédaction. Ses journalistes ont reçu "pas moins de 200 menaces de mort". Abonnés et lecteurs risquent de voir leurs biens en Turquie confisqués, leurs familles inquiétées. Une situation "purement kafkaïenne" imposée à une très large part de la population turque, où qu’elle se trouve.

Zaman France et ses sites (en français et turc) avaient été lancés en Février 2008 et leur circulation dépassait, en 2015, les cinq millions (dont 34 000 abonnés, plus des acheteurs au numéro). La rédaction rappelle que son financement était totalement indépendant, l'hebdo n'ayant "jamais perçu un seul centime de Turquie, ni même des États-Unis comme une certaine propagande [l'a soutenu]".

 

Visées planétaires

Actuellement, le gouvernement turc opère un amalgame total entre le Fetö, le PKK kurde, et de fait pratiquement toute forme d'opposition à la personne d'Erdogan, de ses proches et partisans faisant main basse sur les biens et les entreprises. L'armée et la police turques renforcent leurs positions sur le nord (partie kurde) de la Syrie, bombarde les positions kurdes et celles de groupes anti-Bachar soutenus par les États-Unis, s'allie avec des groupes islamistes syriens (après avoir un temps facilité les opérations de Daesh, fourni des armes, aidé le transit des djihadistes vers ou depuis le califat). Le cas de Zaman France n'est isolé ni en Europe, ni ailleurs. Erdogan vise à propager son islamisme ottoman, en priorité en Bosnie et dans la sphère turcophone de l'ex-Urss (Crimée exclue en raison du rapprochement avec Poutine). Toute la diaspora se verra bientôt contrainte d'observer les us islamiques gagnant chaque jour du terrain en Turquie (les policières pourront, ou plutôt devront, porter le voile). Avec un tel soutien, l'#Islam de France devient une gageure.