La mine joyeuse, le pas élégant, Anatole, 19 ans, a une tenue vestimentaire impeccable. Etudiant de son état, au guidon de sa petite moto, il est constamment en train de consulter son téléphone portable. Qu'il soit à l'arrêt ou assis quelque part, il a toujours le regard rivé sur cet outil de communication. "Je vais sur mon téléphone soit pour jouer ou mieux encore pour échanger des messages avec mes connaissances sur les réseaux sociaux", affirme t-il.

Depuis quelques années, le téléphone portable connecté à Internet a investi notre quotidien comme nul autre appareil. Pas besoin de se placer au coin d'une rue pour ne pas faire ce constat. Pour le psychiatre Jean Paul Seymour que nous avons pu rencontrer, "Il suffit de regarder autour de nous. Que l'on soit à l'école, chez son coiffeur, au cinéma, dans les transports en commun, au sport, au lit... tout le monde pianote".

Toujours selon ce psychiatre de Paris, "Les usagers s'endorment souvent avec leur #Smartphone, le consultent quand ils sursautent de leur lit. Ce qui a pour principale conséquence de perturber de façon inlassable le sommeil".

"Quand je ne l'ai pas avec moi, je suis malade et j'ai l'impression que quelque chose me manque", raconte Louis-Roger, 17 ans, en terminale L au lycée Honoré de Balzac à Paris (75017). L'appareil lui permet d'échanger avec ses connaissances. Anatole et Louis-Roger font partie des jeunes français qui s'accrochent à leur smartphone.

Selon un sondage de l'IFOP réalisé en janvier 2013 sur “Les Français et la dépendance au téléphone portable”, 78 % des moins de 25 ans se disent accros à leur smartphone. Dans ce même sondage "57 % d’entre eux ont besoin de consulter leur portable au moins une fois par heure". Un chiffre qui descend à 27 % lorsque l’on considère la population française dans son ensemble, sans distinction d’âge.

D'après la sociologue Maëlle Nkonkep de l'université Libre de Bruxelles, "la dépendance des jeunes au smartphone est rendue nécessaire par les prix relativement bas des appareils, des forfaits et des nouveautés proposées par les opérateurs qui rendent ces objets accessibles à un grand nombre de personnes". Pour cette universitaire, "priver un jeune de son smartphone, c'est le couper de la réalité quotidienne".

Compagnon, partout, toujours, seul ou accompagné, chez soi, chez les amis, dans les cours de recréation, au travail, en famille : les jeunes ne se séparent plus de ce qui est devenu bien plus qu’un téléphone portable.

Vers la "diabolisation" des smartphones ?

Toutefois, "le smartphone ne doit pas être interdit chez les jeunes". Il faut savoir l'utiliser, nuance la sociologue Maëlle Nkonkep. "Il revient aux parents d'y veiller avec manière". "Pourquoi ne pas interdire les smartphones le soir dans la chambre", suggère t-elle ?

Au Japon par exemple, le ministère de l’Education en 2015 n'a pas hésité de faire le lien entre l'utilisation abusive des smartphones chez les jeunes et leur échec scolaire.

Que faire ?

Plutôt que de rester esclaves des notifications de messages sur son smartphone, il est souvent conseillé de les désactiver. Des applications qui génèrent des publicités intempestives sont aussi déconseillées. Idem pour les jeux en ligne. Une autre solution moins douloureuse consiste simplement à se déconnecter d’Internet. De quoi, peut-être, permettre aux jeunes de ne plus passer des heures scotchés à leurs écrans. #France #Jeunesse